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11/10/2007
Best of ? (Avant quelques jours - semaines - de silence...)
C'est la centième note de ce blog. Cent notes, entre les trous d'air et les longs silences. Beaucoup d'oubliable, écrit sur le coup. Des coups d'essai. Et quelques trucs que j'aime bien, collés ci-dessous. Pour la centième, un florilège.

C'était le 29 mai 2006, à propos d'un supplément de Libération audacieusement titré "Vive le pétrole cher !" :
Enfin un journal généraliste parle de ce qui, dans les replis de la société d'aujourd'hui, contribue à inventer celle de demain. Elle devra être plus économe, sobre, autonome. Moins accro au pétrole, à la bagnole et au mythe du toujours plus d'énergie, à toujours moins cher. Et ce n'est pas triste ! C'est une chance pour bouger ce vieux monde. Ce sera difficile (...) . Mais si on fait un pas de côté, qu'on décolle le nez du spectacle dérisoire de l'actualité en boucle, on devine une perspective, là. Elle est discrète, fragile, mais elle est là.
C'était le 12 juin 2006, à propos d'un numéro d'Eclectik avec le dessinateur Manu Larcenet :
Un auteur qui dessine et un auteur qui parle, c'est pas toujours pareil. Larcenet touche juste quand il parle de ses personnages, quand il évoque la fierté ouvrière du passé, quand on comprend bien qu'au fond, syndrome Bovary-Flaubert, il est lui-même un peu des personnages qu'il raconte. Ses paroles sur le militantisme et l'engagement sont moins convaincantes. Férocement individualiste (pas au sens "égoïste" du terme, bien au contraire, mais comme expression de la réticence au collectif), Larcenet semble parler la langue, hésitante, de l'époque : des citoyens concernés par - et souffrant des - mouvements du monde, mais ne souhaitant pas forcément s'y engager. Il y a là une question qui doit s'imposer à la politique : comment (re)construire du collectif dans des sociétés où l'individuation a pris tant d'emprise. Ce n'est pas forcément un mal, du reste, mais c'est une donnée nouvelle, qui oblige à faire émerger de nouvelles formes d'engagement et de lien.
C'était le 16 juin 2006, après la diffusion d'un reportage d'Envoyé spécial sur les extensions capillaires :
Il faut garder la mémoire de ce genre de choses. Que les générations futures comprennent que, malgré l’impact du transport aérien sur le changement climatique, des hommes ont trouvé utile de faire voyager, au début du vingt-et-unième siècle, des mèches de cheveux par avion, de l’Italie à l’Inde, de la galerie marchande aux ateliers de sous-traitance de l’économie globalisée. Tout cela pour que Cameron Diaz et quelques milliers de femmes dans le monde puissent se faire pousser des cheveux longs en trois heures, dans un salon de coiffure à Paris, New-York ou Rome…
C'était le 22 juin, à propos de cet air de la France éternelle entonné par ceux qui n'aiment pas la repentance :
J'aime mon pays, probablement comme beaucoup de monde. Et je n'aime pas l'idée de laisser l'amour de la République et de la mémoire nationale à ceux qui n'en voient la grandeur que dans celle des cimetières et des champs de bataille. Mais pour retrouver le goût de cela, des jardins d'enfant et de la mémoire commune, je vais plutôt écouter Trénet (et Carte de séjour) chanter Douce France. Et j'essaierai, modestement, d'admettre les ambiguïtés de ce pays. Pas pour l'aimer moins, mais pour l'aimer sans être sourd ni aveugle.
Le 8 août, énervé par la colère et par Alain Krivine :
Entendu ce matin sur Inter Alain Krivine nous expliquer que la condition d'une dynamique d'union de la "gauche anti-libérale" (les gentils), c'est que le PCF, notamment, clarifie sa position quant à sa participation à un gouvernement dirigé par le PS (les méchants : ils mangent les enfants de la classe ouvrière le soir au fond des bois). (...) Je me demande s'il y a enocre, quelque part dans le monde, un autre pays où, parmi les candidats à la magistrature suprême, on trouve, comme lors de l'élection présidentielle de 2002 en France, trois candidats trotskistes (Laguiller, Besancenot et Gluckstein), c'est-à-dire se réclamant du fondateur de l'Armée Rouge (...).
Le 2 septembre, en racontant un retour de Fribourg-en-Brisgaü, ville solaire et capitale du développement durable :
Fribourg n'est pas un inaccessible paradis, une utopie étrangère, si radicalement lointaine qu'elle ne pourrait inspirer, ici, notre action. (...) Ce qui se fait là-bas, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière française, dessine les contours d'un demain vivable : maisons passives, capteurs et panneaux solaires, toits végétaux... Ce qui se fait là-bas, et qu'on ne voit pas vraiment pas ici. (...)
La difficulté n'est pas technique, elle est de l'ordre de l'imaginaire. On sait faire, même si on l'ignore. Il va falloir apprendre. Pour sauver la planète, bien sûr, parce que nous n'en avons qu'une. Mais aussi parce que ce sursaut d'imagination, cette aspiration à l'audace, nous aidera, bien humblement mais très essentiellement (au sens de ce qui est essentiel), à réussir nos vies dans le siècel à venir. (...) Le tout avec modestie, en sachant qu'on va bricoler plus qu'imposer, tâtonner plus qu'éclairer. Parler, construire ensemble, nos vies comme nos maisons.
Le 30 mai 2007, après une longue pause de ce blog, liée à mes fonctions au cours de la campagne présidentielle :
Alors ? Le pire serait de rejouer l'après 2002, la gauche qui ne bouge pas, n'entend rien et attend. Ce pays a visiblement envie que ça bouge, même s'il a choisi la mauvaise direction. A la gauche - et en particulier aux écolos - de se montrer à la hauteur de cette attente. Comme Franck, je suis persuadé que ça ne se fera pas par la pavlovienne répétition des vieux slogans. Mieux : je suis convaincu, c'est ma seule certitude, que les cinq années qui viennent vont être - si nous savons y faire - passionnantes. Politiquement et intellectuellement. Parce que tout est à repenser, à reconstruire, même si le mot est déjà, trop vite, galvaudé. (...)
Il faudra travailler, beaucoup, pour oublier les automatismes et les réflexes conditionnés. Coup de barre à gauche ? Blairisme à la française ? Modèle suédois ? Solutions de facilité. On ne fera pas l'économie des chantiers ouverts par la défaite par la simple transposition de recettes éprouvées : il faudra d'abord penser. Je repense à une phrase de Patrick Viveret, que j'ai déjà citée sur ce blog : "le degré actuel d'accélération des changements écologiques, économiques, géopoloitiques et culturels est considérable. Les "cadres pour penser ces bouleversements sont inadaptés. Il faut donc se placer en position d'écoute, d'humour et d'humilité. Or que voit-on ? De l'arrogance, des certitudes, des vieux langages".
Le 17 juin dernier, moins d'une heure avant les résultats du second tour des élections législatives :
Pour la gauche, pour l'écologie. Je suis, comme Franck, souvent fâché contre cette gauche qui nous fait perdre ; chaque jour davantage, je me sens d'abord écolo avant d'être de gauche. Surtout, je me sens de moins en moins de connivence avec les réflexes conditionnés de la gauche gouvernementale, décidément trop paresseuse pour vouloir comprendre les raisons profondes de son (de notre) échec, comme de la gauche radicale, toujours soucieuse d'être à l'avant-garde, superbe éclaireuse qui n'éclaire personne et que plus rien n'éclaire, guère préoccupée de parler à la société telle qu'elle est. Il ya tout cela, oui. Mais, quoiqu'il en soit, c'est à gauche que j'habite. C'est avec la gauche que les écologistes peuvent passer des alliances, et ce sont les espérances historiques des gauches - la solidarité, la démocratie, la justice, la paix - que l'écologie, si elle veut être l'humanisme du siècle, doit prolonger.
(...) Même si la déroute annoncée devait ce soir être moindre (et tant mieux), le pire serait de voir là un réconfort, quelque chose comme : c'est vrai, nous avons perdu, mais pas tant que ça, inutile donc de tout mettre par terre. Et pourtant : perdre à 49 ou 42, qu'est-ce que ça change vraiment ? Nous voulons gagner ? Il va falloir mettre pas mal de trucs par terre. Et reconstruire du plus solide. Du durable.
Le 3 septembre, veille de l'entrée en maternelle de mon loupiot :
Je sens ce soir le parfum si particulier des veilles de rentrée, ce que je ressentais plus jeune, quelques heures avant d'aller dormir. Ces soirs où l'on mange plus tôt (disons, on tente de), où l'on vérifie mille fois ses affaires du lendemain. Où l'on va préparer une demi-douzaine de réveils, pour être bien sûr de...
Où l'on se dit que, demain matin, la cour du lycée sera pleine de promesses.
Ce soir, il y a quelque chose de cela dans l'air qui se balade. Demain, je vais devenir parent d'élève. La première fois.
Le 14 septembre, à propos du malaise de la gauche :
Le malaise ? Il suffit d'écouter pour le constater. Se rappeler aussi, c'était il n'y a pas si longtemps, tous ces électeurs de gauche qui, finalement, ont choisi de voter Bayrou le 22 avril. Entendre le scepticisme qui ronge, le désarroi face aux proclamations identitaires comme aux conversions subites. Car, en réponse à ce malaise, certains socialistes jugent bon de jeter le bébé avec l'eau du bain (et la baignoire). Puisque, disent-ils, vous dites que nous nous sommes trompés parfois, nous allons changer d'avis sur tout.
Il y a deux manières d'éviter la douleur du diagnostic. Faire comme si de rien n'était, en revenir à la gauche d'avant-hier pour répondre aux enjeux de demain. Ou, tout bêtement, considérer qu'être de gauche n'est qu'une façon plus funky de concevoir et de mener une politique de droite.
Une autre manière d'être à gauche commence sur le chemin, étroit et rocailleux, où l'on se défait de ces deux fardeaux.
Il y a quelques jours, enfin, à propos du refus de Cécilia Sarkozy de témoigner devant la commission d'enquête parlementaire sur la libération des infirmières bulgares :
Sarkozy, moderne ? Assurément pas. Il s'est arrêté au milieu du gué : son sportwear est volé à Kennedy, mais sa suffisance brutale est empruntée au Balladur que, du temps de sa splendeur, on croquait en chaise à porteurs.
Ringard.
Bande son : Alain Souchon, En collant l'oreille sur l'appareil.
13:05 Publié dans Blog, Débats publics, Gauche(s) et droite, y a pas que la politique dans la vie ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gauche, écologie, PS, politique, environnement, sarkozy, cécilia sarkozy
10/10/2007
Voynet, Grenelle de l'environnement
Dominique Voynet a relancé son blog. Tant mieux. Et elle explique son absence de quelques mois avec des mots très justes :
J’ai pris mon temps, après une campagne pour les élections présidentielles, dont le résultat décevant, quoique prévisible, m’a paru violent, au regard de l’intensité et de la solidité de l’engagement de tant de gens… Il nous faudra y revenir, regarder de près ce que ça dit de l’état de la société française, et de l’usure des outils collectifs, qui n’ont pas joué leur rôle. Partis, syndicats, associations, médias, sont violemment interpellés par ce vote.
J’ai tendance à me méfier de ces gens qui ne se posent jamais, et ne sont jamais fatigués, qui ne prennent que dix jours de vacances, pour écrire entre deux footings un livre dans lequel ils étrillent la terre entière, et expliquent qu’on en serait pas là si on les avait écoutés. J’ai pris du temps pour moi, pour lire, pour rêver, pour me remettre en forme ; j’en ai consacré à mes amis et à ma famille, notamment à la plus jeune de mes filles. Ca m’a fait du bien de déserter les salles de meeting et le bureau du Sénat pendant quelques semaines.
Vous connaissez beaucoup de responsables politiques qui, comme ça, disent ce qui d'ordinaire ne s'avoue pas, jamais ?
Comme un écho à ce qu'écrit Yasmina Reza : "Ils font, font, font. Des déplacements, des émissions de télé, des discours, des choses à ne pas faire, des rencontres, des erreurs, des repas, des mesures, des livres aussi, des programmes, des sourires. Ils font tout ça au pas de charge. Ils en sont fiers. C'est si bien d'aller si vite. (...) Mais est-ce que ce n'est pas aussi le sens de la vie, approché uniquement dans des silences et des solitudes que l'on abandonne ainsi sur le bas-côté ?" (Pas de triche : je n'ai pas encore lu le livre, mais de larges extraits ont été publiés. Qui m'ont d'ailleurs plutôt donné envie. J'admets).
Je reviens à Dominique Voynet.
Dans l'un de ses premiers billets, consacré au débat parlementaire sur le Grenelle, cet extrait de son intervention à la tribune du Sénat, à propos du Grenelle de l'environnement :
Ce dialogue a permis de valider un diagnostic, d’identifier un certain nombre de mesures consensuelles, « gagnant-gagnant » (dont on peut raisonnablement espérer qu’elles seront mises en œuvre) et de dresser le constat de désaccords persistants. Qui arbitrera ? Le président de la République, avez-vous dit à maintes reprises. Je ne suis pas exagérément rassurée, Monsieur le Ministre. Pas seulement parce qu’il ne se déplace qu’en avion, au lieu de prendre le train. Pas seulement parce qu’il confirme à tous les grands élus – sur ce point, il n’y a pas de rupture avec le comportement de son prédécesseur ! – le caractère prioritaire de leurs projets de rocades et contournements routiers, à Bordeaux, à Strasbourg et ailleurs. Pas seulement parce qu’il propose de vendre des centrales nucléaires urbi et orbi. Mais parce que les décisions qui sortiront du Grenelle doivent engager tous les partenaires, être portées largement, si nous voulons qu’elles survivent aux arbitrages budgétaires, à l’inertie administrative, au découragement même de ceux qui seront chargés de les mettre en œuvre.
(...) Je vous envie – vous avez à relever un défi magnifique – et je vous plains aussi. Parce que j’ai écouté les interventions, hier à l’Assemblée nationale, cet après-midi au Sénat. J’ai mesuré que le soutien de vos amis politiques se limitait pour l’essentiel à ce jour à de grandes envolées lyriques à caractère général, assorties de recommandations de prudence… « N’empêchez pas les voitures de rouler. Attention aux aliments bios dans les cantines, c’est pas bon. Ne pénalisez pas les entreprises… » . Alors, sincèrement, Monsieur le Ministre : bon courage ! Il vous en faudra.
Hélène Jouan, dans son édito, dévoilait hier quelques unes des réticences des parlementaires UMP devant la "révolution écologique". E-di-fiant.
10:52 Publié dans Débats publics, Energie(s) & Climat, Gauche(s) et droite, La vie des Verts, Nucléaire, OGM | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dominique voynet, yasmina reza, bobos, marianne, créatifs culturels, grenelle environnement
09/10/2007
Assistant parlementaire
Nouveau job. Qui me donne l'occasion de découvrir un nouveau blog.
Lundi prochain, je deviens assistant parlementaire. Au Sénat, auprès de Dominique Voynet, dont les lecteurs de ce blog savent l'estime et l'affection que j'ai pour elle.
Dans les groupuscules suspicieux d'autrefois, on demandait : d'où parles-tu, camarade ? C'est dit.
21:35 Publié dans Gauche(s) et droite | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : voynet
Versac et la Birmanie
J'étais absolument d'accord avec cette note de Versac, moquant gentiment l'initiative Free Burma, ce côté naïf, si tous les blogueurs du monde se donnaient le RSS.
Pas convaincu par contre par ce billet là, trop vite écrit sans doute et qui, sans dédouaner l'action de Total en Birmanie, ridiculise ses détracteurs en agitateurs vaguement obsédés.
Mauvais billet, donc, mais qui permet de vérifier qu'un très bon blog, un blog qui mérite son succès, est aussi le fruit de l'intelligence de ses lecteurs. Mauvais billet, excellents commentaires.
07:00 Publié dans Débats publics | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : versac, total, birmanie
08/10/2007
Mauvaise foi
"Aucune étude scientifique ne permet de trancher, ce sera donc au politique de le faire".
C'est à peu près la dernière phrase du reportage consacré aux OGM, ce soir dans Complément d'enquête. Il vient de se terminer.
Consternant de parti-pris. Les anti-OGM ? Des guignols violents (ils arrachent les pieds de maïs), qui écrivent des lettres anonymes dans lesquelles on peut lire des inepties sur, je cite, le "Grand Satan américain". Des fois, ils sont sympas, comme ce vieux sage du Larzac (Jean-Baptiste Libouban, caricaturé en sous-Gandhi heberlué) qui vit dans une communauté sans électricité.
Bourré d'erreurs factuelles (les premiers fauchages dateraient ainsi de... 1988) et de raccourcis.
Cette dernière phrase, tiens, qui claque. Il y a décidément des journalistes qui n'iament pas la science. Des études ? Il s'en est publié des dizaines ces dernières années. Certaines sont rassurantes, beaucoup le sont moins. On peut contester ce qu'elles disent, on peut s'interroger sur leurs éventuelles limites. Mais on ne peut pas dire qu'elles n'existent pas.
Assez classiquement, le reportage désignait les camps en ces termes : la rigueur et la raison chez les agriculteurs pro-OGM, la religiosité et l'irrationnel chez ceux qui s'y opposent. Je pense à ces deux minutes caricaturales où l'on découvre deux braves paysans filmés en péquenots, avé l'accent du coin, et dont on ne conserve de ce qu'ils auront dit que ce qui vérifie la thèse du reportage : les ploucs sont des ploucs, sauf s'ils prennent le train de la modernité...
Et pourtant : si le doute est la première vertu d'un esprit scientifique, on le devinait bien davantage chez ces deux là que dans les affirmations de foi - de dogme - des prêcheurs de technologie.
23:55 Publié dans OGM | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ogm, complément d'enquête, benoit duquesne, france 2
Madâaame (est au dessus des lois)
Ainsi donc, on n'obligera pas Cécilia Sarkozy à venir témoigner devant la commission d'enquête parlementaire sur la libération des infirmières bulgares. Sans doute que ça ne se fait pas, que ça ne s'ajuste pas avec l'image si glamour de la présidence nouvelle. Ce qui s'incarne avec grâce ne se mêle pas de cela, ne se froisse pas dans la grisaille bureaucratique. Commission ? De tristes messieurs fonctionnels. D'enquête ? Quel ennui. Parlementaire ? Passons à autre chose, voulez vous.
On touche là un écueil de la communication Kennedy mood du président Sarkozy. Modernisée, décrispée et d'apparence si accorte, la présidence saisit, dès que de besoin, les privilèges traditionnels dont elle sait pouvoir bénéficier, ce droit quasi divin que confère au monarque la monarchie républicaine.
Argument d'autorité : elle n'ira pas. Pourquoi ? Parce qu'elle n'ira pas. Mais tout de même, c'est une commission parlementaire, ce sont des élus du peuple. Et alors ? Moi, je l'incarne, le peuple. Mieux : je le suis. Je suis le peuple, le pays, le gouvernement (et je suis la justice, aussi : j'irai moi-même jusqu'au bout de l'enquête sur EADS, je vous le promets). Et je dispense Madame de vous répondre, pauvres, gris et laids que vous êtes.
Sarkozy, moderne ? Assurément pas. Il s'est arrêté au milieu du gué : son sportwear est volé à Kennedy, mais sa suffisance brutale est empruntée au Balladur que, du temps de sa splendeur, on croquait en chaise à porteurs.
Ringard.
20:50 Publié dans Gauche(s) et droite | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, cécilia, infirmières bulgares, commission d'enquête parlementaire, moscovici
Ouverture
Un nouveau geste d'ouverture, donc. Un de plus. On s'habitue. Bien sûr, il y a toujours le solide argument de la nécessaire modernisation de notre vie politique (vous voulez être élu de gauche sur une liste UMP aux municipales ? Apprenez la formule par coeur). Bien sûr, un rapport n'est pas un ministère. L'un termine dans un tiroir, l'autre ouvre des portes, plus grandes. Bien sûr.
Mais tout de même.
On hésite un peu. On se demande qui manque le plus d'honneur, de celui qui débauche ou de celui qui se laisse aller. Comme un concours d'inélégance, en quelque sorte.
19:15 Publié dans Gauche(s) et droite | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, colombani, adoption, ouverture
Grenelle de l'environnement : le rire gras de Copé
grenelle de l'environnement - yves cochet
Vidéo envoyée par yxxl
L'intervention d'Yves Cochet, député Vert, au cours du débat à l'Assemblée nationale sur la phase 1 du Grenelle de l'environnement. A voir aussi pour les gesticulations de Jean-François Copé, pitre et président du groupe UMP. Ce mépris goguenard pour les solutions qui vont plus loin que le bout de son nez en dit long sur le conservatisme des moules sur leur rocher... Pas touche à ma bagnole, hurle en choeur la conjuration des irresponsables.
Dans son intervention, Yves Cochet cite ce rapport de l'Agence internationale de l'énergie (pas spécialement un think tank écolo, cela va sans dire) intitulé Saving oil in a hurry (économiser rapidement le pétrole). On peut le lire ici, en anglais.
11:00 Publié dans Débats publics, Energie(s) & Climat, Gauche(s) et droite | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07/10/2007
BHL et Finkielkraut sur la gauche
C'est dans le Nouvel Observateur cette semaine :
N. O. - Sur la repentance et le devoir de mémoire, Alain Finkielkraut, vous semblez en phase avec l'approche décomplexée de Sarkozy...
A. Finkielkraut. - Nicolas Sarkozy nous invite à nous inspirer des héros (Guy Môquet) plutôt qu'à nourrir notre imagination avec les méfaits des salauds. On peut discuter de cette inflexion, je ne la crois pas dangereuse. Quand une institution fait un lourd travail de mémoire, comme par exemple l'Eglise, je suis ému. Mais je n'ai aucune tendresse pour des générations qui ont tout fait à blanc, notamment la révolution en 1968, et qui s'instaurent en juges du passé et de sa grande noirceur. Les Français d'aujourd'hui, qui font le procès de Vichy, de l'esclavage, de la colonisation, ne se repentent pas, ils se gargarisent, ils s'applaudissent de leur victoire imaginaire sur la bête immonde.
B.-H. Lévy. - Eh bien, moi, je n'ai aucune tendresse pour les générations amnésiques qui décident de se laver les mains de ces blessures dont Levinas disait qu'elles saignent jusqu'à la fin des temps. Je suis pour la repentance. Pour le devoir de mémoire. Et, loin d'y voir une école d'innocence, j'y trouve au contraire une propédeutique de la vigilance face au pire. Prenez encore la Bosnie. Ou le Rwanda. Ou aujourd'hui le Darfour. Ce sont les partisans et artisans du devoir de mémoire qui chaque fois comprennent les premiers. Ce sont les gens ayant en tête la honte des crimes des générations antérieures qui captent tout de suite le parfum caractéristique des crimes de masse.
A. Finkielkraut. - Il ne saurait être question, en effet, d'esquiver le face-à-face avec le passé colonial. Mais sa criminalisation ne doit pas servir d'alibi aux régimes actuels. J'ai appris avec horreur que dans tous les pays arabes on croyait les infirmières bulgares coupables. Si nous voulons aider ces pays à sortir de la stagnation, il nous incombe de ne pas alimenter cette stratégie fatale du bouc émissaire.
B.-H. Lévy. - Est-ce qu'être de gauche, en ce début du XXIe siècle, ce n'est pas, là aussi, essayer de penser tout cela à la fois ? Anticolonialisme et antitotalitarisme. Crimes du FLN et crimes de l'OAS. Les crimes des autres, d'accord, mais aussi les nôtres et, déjà, ceux de nos aînés. C'est à cela, en tout cas, que je m'efforce dans ce livre.
C'est moi qui souligne. Et pour la première fois, je suis davantage d'accord avec BHL qu'avec Finkielkraut...
00:58 Publié dans Gauche(s) et droite | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : BHL, Bernard-Henri Lévy, Finkielkraut, gauche, sarkozy, repentance
06/10/2007
Travailler plus, maintenant c'est de gauche...
Donc, le dernier chic de gauche, le buzz dernier cri, c'est l'amour du travailler plus, l'abandon des 35 heures. Y a des bouts de gauche par où l'on pense que, finalement, faut travailler plus, parce que tout se mérite...
Cest l'aggiornamento à grande vitesse. Non seulement, disent-ils, on s'est trompé mais, mieux, c'est la droite qui avait raison. Sur l'immigration, sur la protection sociale, sur le temps de travail : il faut nous aligner sur la droite. Pour une société de l'effort, une société de petits travailleurs industrieux bien conscients que c'est leur travail qui fera leur salut.
Quelques mots, alors, de mon ami Fabien Robertson, publiés par l'excellent Journal du Mauss :
"Pour qui - et quel que soit son horizon politique - rejette aujourd’hui la conception des valeurs de la droite actuelle, il devient indispensable de refuser la primauté du mérite. Il est aujourd’hui nécessaire, comme il l’a toujours été, d’adopter une morale de l’inconditionnalité, qu’il faut consolider et assumer avec force, c’est-à-dire une conception suivant laquelle les membres d’une société ont d’abord des droits et des devoirs inaliénables : le devoir premier et inconditionnel de solidarité, aussi bien envers ses concitoyens qu’envers les générations passées et celles encore à naître ; le droit à un revenu minimum, à un logement, à ne pas sombrer dans la misère, parce que personne ne le mérite".
Le suite ? Ici.
11:30 Publié dans Gauche(s) et droite | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note









