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11/10/2007

Best of ? (Avant quelques jours - semaines - de silence...)

C'est la centième note de ce blog. Cent notes, entre les trous d'air et les longs silences. Beaucoup d'oubliable, écrit sur le coup. Des coups d'essai. Et quelques trucs que j'aime bien, collés ci-dessous. Pour la centième, un florilège.


podcast

 

C'était le 29 mai 2006, à propos d'un supplément de Libération audacieusement titré "Vive le pétrole cher !" :

Enfin un journal généraliste parle de ce qui, dans les replis de la société d'aujourd'hui, contribue à inventer celle de demain. Elle devra être plus économe, sobre, autonome. Moins accro au pétrole, à la bagnole et au mythe du toujours plus d'énergie, à toujours moins cher. Et ce n'est pas triste ! C'est une chance pour bouger ce vieux monde. Ce sera difficile (...) . Mais si on fait un pas de côté, qu'on décolle le nez du spectacle dérisoire de l'actualité en boucle, on devine une perspective, là. Elle est discrète, fragile, mais elle est là.

 

C'était le 12 juin 2006, à propos d'un numéro d'Eclectik avec le dessinateur Manu Larcenet :

Un auteur qui dessine et un auteur qui parle, c'est pas toujours pareil. Larcenet touche juste quand il parle de ses personnages, quand il évoque la fierté ouvrière du passé, quand on comprend bien qu'au fond, syndrome Bovary-Flaubert, il est lui-même un peu des personnages qu'il raconte. Ses paroles sur le militantisme et l'engagement sont moins convaincantes. Férocement individualiste (pas au sens "égoïste" du terme, bien au contraire, mais comme expression de la réticence au collectif), Larcenet semble parler la langue, hésitante, de l'époque : des citoyens concernés par - et souffrant des - mouvements du monde, mais ne souhaitant pas forcément s'y engager. Il y a là une question qui doit s'imposer à la politique : comment (re)construire du collectif dans des sociétés où l'individuation a pris tant d'emprise. Ce n'est pas forcément un mal, du reste, mais c'est une donnée nouvelle, qui oblige à faire émerger de nouvelles formes d'engagement et de lien.

 

C'était le 16 juin 2006, après la diffusion d'un reportage d'Envoyé spécial sur les extensions capillaires :

Il faut garder la mémoire de ce genre de choses. Que les générations futures comprennent que, malgré l’impact du transport aérien sur le changement climatique, des hommes ont trouvé utile de faire voyager, au début du vingt-et-unième siècle, des mèches de cheveux par avion, de l’Italie à l’Inde, de la galerie marchande aux ateliers de sous-traitance de l’économie globalisée. Tout cela pour que Cameron Diaz et quelques milliers de femmes dans le monde puissent se faire pousser des cheveux longs en trois heures, dans un salon de coiffure à Paris, New-York ou Rome…

 

C'était le 22 juin, à propos de cet air de la France éternelle entonné par ceux qui n'aiment pas la repentance :

J'aime mon pays, probablement comme beaucoup de monde. Et je n'aime pas l'idée de laisser l'amour de la République et de la mémoire nationale à ceux qui n'en voient la grandeur que dans celle des cimetières et des champs de bataille. Mais pour retrouver le goût de cela, des jardins d'enfant et de la mémoire commune, je vais plutôt écouter Trénet (et Carte de séjour) chanter Douce France. Et j'essaierai, modestement, d'admettre les ambiguïtés de ce pays. Pas pour l'aimer moins, mais pour l'aimer sans être sourd ni aveugle.

 

Le 8 août, énervé par la colère et par Alain Krivine :

Entendu ce matin sur Inter Alain Krivine nous expliquer que la condition d'une dynamique d'union de la "gauche anti-libérale" (les gentils), c'est que le PCF, notamment, clarifie sa position quant à sa participation à un gouvernement dirigé par le PS (les méchants : ils mangent les enfants de la classe ouvrière le soir au fond des bois).  (...) Je me demande s'il y a enocre, quelque part dans le monde, un autre pays où, parmi les candidats à la magistrature suprême, on trouve, comme lors de l'élection présidentielle de 2002 en France, trois candidats trotskistes (Laguiller, Besancenot et Gluckstein), c'est-à-dire se réclamant du fondateur de l'Armée Rouge (...). 

 

Le 2 septembre, en racontant un retour de Fribourg-en-Brisgaü, ville solaire et capitale du développement durable :

Fribourg n'est pas un inaccessible paradis, une utopie étrangère, si radicalement lointaine qu'elle ne pourrait inspirer, ici, notre action. (...) Ce qui se fait là-bas, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière française, dessine les contours d'un demain vivable : maisons passives, capteurs et panneaux solaires, toits végétaux... Ce qui se fait là-bas, et qu'on ne voit pas vraiment pas ici. (...)

La difficulté n'est pas technique, elle est de l'ordre de l'imaginaire. On sait faire, même si on l'ignore. Il va falloir apprendre. Pour sauver la planète, bien sûr, parce que nous n'en avons qu'une. Mais aussi parce que ce sursaut d'imagination, cette aspiration à l'audace, nous aidera, bien humblement mais très essentiellement (au sens de ce qui est essentiel), à réussir nos vies dans le siècel à venir. (...) Le tout avec modestie, en sachant qu'on va bricoler plus qu'imposer, tâtonner plus qu'éclairer. Parler, construire ensemble, nos vies comme nos maisons.

 

Le 30 mai 2007, après une longue pause de ce blog, liée à mes fonctions au cours de la campagne présidentielle :

Alors ? Le pire serait de rejouer l'après 2002, la gauche qui ne bouge pas, n'entend rien et attend. Ce pays a visiblement envie que ça bouge, même s'il a choisi la mauvaise direction. A la gauche - et en particulier aux écolos - de se montrer à la hauteur de cette attente. Comme Franck, je suis persuadé que ça ne se fera pas par la pavlovienne répétition des vieux slogans. Mieux : je suis convaincu, c'est ma seule certitude, que les cinq années qui viennent vont être - si nous savons y faire - passionnantes. Politiquement et intellectuellement. Parce que tout est à repenser, à reconstruire, même si le mot est déjà, trop vite, galvaudé. (...)

Il faudra travailler, beaucoup, pour oublier les automatismes et les réflexes conditionnés. Coup de barre à gauche ? Blairisme à la française ? Modèle suédois ? Solutions de facilité. On ne fera pas l'économie des chantiers ouverts par la défaite par la simple transposition de recettes éprouvées : il faudra d'abord penser. Je repense à une phrase de Patrick Viveret, que j'ai déjà citée sur ce blog : "le degré actuel d'accélération des changements écologiques, économiques, géopoloitiques et culturels est considérable. Les "cadres pour penser ces bouleversements sont inadaptés. Il faut donc se placer en position d'écoute, d'humour et d'humilité. Or que voit-on ? De l'arrogance, des certitudes, des vieux langages". 

 

Le 17 juin dernier, moins d'une heure avant les résultats du second tour des élections législatives : 

Pour la gauche, pour l'écologie. Je suis, comme Franck, souvent fâché contre cette gauche qui nous fait perdre ; chaque jour davantage, je me sens d'abord écolo avant d'être de gauche. Surtout, je me sens de moins en moins de connivence avec les réflexes conditionnés de la gauche gouvernementale, décidément trop paresseuse pour vouloir comprendre les raisons profondes de son (de notre) échec, comme de la gauche radicale, toujours soucieuse d'être à l'avant-garde, superbe éclaireuse qui n'éclaire personne et que plus rien n'éclaire, guère préoccupée de parler à la société telle qu'elle est. Il ya tout cela, oui. Mais, quoiqu'il en soit, c'est à gauche que j'habite. C'est avec la gauche que les écologistes peuvent passer des alliances, et ce sont les espérances historiques des gauches - la solidarité, la démocratie, la justice, la paix - que l'écologie, si elle veut être l'humanisme du siècle, doit prolonger.

(...) Même si la déroute annoncée devait ce soir être moindre (et tant mieux), le pire serait de voir là un réconfort, quelque chose comme : c'est vrai, nous avons perdu, mais pas tant que ça, inutile donc de tout mettre par terre. Et pourtant : perdre à 49 ou 42, qu'est-ce que ça change vraiment ? Nous voulons gagner ? Il va falloir mettre pas mal de trucs par terre. Et reconstruire du plus solide. Du durable. 

 

Le 3 septembre, veille de l'entrée en maternelle de mon loupiot :

Je sens ce soir le parfum si particulier des veilles de rentrée, ce que je ressentais plus jeune, quelques heures avant d'aller dormir. Ces soirs où l'on mange plus tôt (disons, on tente de), où l'on vérifie mille fois ses affaires du lendemain. Où l'on va préparer une demi-douzaine de réveils, pour être bien sûr de...

Où l'on se dit que, demain matin, la cour du lycée sera pleine de promesses.

Ce soir, il y a quelque chose de cela dans l'air qui se balade. Demain, je vais devenir parent d'élève. La première fois.

 

Le 14 septembre, à propos du malaise de la gauche :

Le malaise ? Il suffit d'écouter pour le constater. Se rappeler aussi, c'était il n'y a pas si longtemps, tous ces électeurs de gauche qui, finalement, ont choisi de voter Bayrou le 22 avril. Entendre le scepticisme qui ronge, le désarroi face aux proclamations identitaires comme aux conversions subites. Car, en réponse à ce malaise, certains socialistes jugent bon de jeter le bébé avec l'eau du bain (et la baignoire). Puisque, disent-ils, vous dites que nous nous sommes trompés parfois, nous allons changer d'avis sur tout.  

Il y a deux manières d'éviter la douleur du diagnostic. Faire comme si de rien n'était, en revenir à la gauche d'avant-hier pour répondre aux enjeux de demain. Ou, tout bêtement, considérer qu'être de gauche n'est qu'une façon plus funky de concevoir et de mener une politique de droite. 

Une autre manière d'être à gauche commence sur le chemin, étroit et rocailleux, où l'on se défait de ces deux fardeaux.

 

Il y a quelques jours, enfin, à propos du refus de Cécilia Sarkozy de témoigner devant la commission d'enquête parlementaire sur la libération des infirmières bulgares

Sarkozy, moderne ? Assurément pas. Il s'est arrêté au milieu du gué : son sportwear est volé à Kennedy, mais sa suffisance brutale est empruntée au Balladur que, du temps de sa splendeur, on croquait en chaise à porteurs.

Ringard. 

 

 Bande son : Alain Souchon, En collant l'oreille sur l'appareil.


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