18/12/2007

L'ennui que disent nos langues mortes (2). La plus belle histoire d'amour de Ségolène Royal

J'en étais resté là :

Si notre langue est morte, si les mots que nous employons pour raconter et penser le monde sont dépassés, comment pourrions-nous écrire un projet qui ne soit pas, dès ses premières ébauches, désaccordé à son époque ?

 

Après lecture de ceci, j'en témoigne : Ségolène Royal n'a pas trouvé la réponse.

Il y a, soyons juste, quelques belles fulgurances. Mais pourquoi donc les dissimuler sous un tel fatras de justifications absconses, d'interminables relevés des débats de champs clos du Parti socialiste, et une telle adresse amoureuse aux désormais fameux 17 millions d'électeurs ? Qu'"on ne les range pas dans une armoire en attendant la suite", certes, mais c'est moins de remerciements que de perspectives qu'ils ont besoin, non ?

La plus belle histoire d'amour de Ségolène Royal ne parle, au fond, guère de la société française, de ce qui s'y vit et y bouge, de ce à côté de quoi nous sommes (les gauches) plus ou moins passés sans le voir, et qui explique notre défaite.  Alistair Campbell, l'ancien spin doctor de Tony Blair avait ces mots justes il y a quelques semaines dans le Monde :
 

Comment analysez-vous sa défaite ?

Alastair Campbell : Je vais tous les étés à Vaison-la-Romaine, en Provence. J'ai été frappé de voir plusieurs électeurs habituellement de gauche me disant qu'ils avaient voté Sarkozy parce qu'il comprenait leur vie. Ils n'avaient pas eu ce sentiment avec la gauche. J'ai aussi lu avec attention les discours des socialistes lors de leur université d'été à La Rochelle. Ils parlent de changement. Mais on ne comprend pas bien ce que doit être ce changement.

J'ai noté par exemple le discours de Ségolène Royal. Elle disait : "Le Parti socialiste du XXIe siècle doit être d'abord un lieu de connaissance, de délibération, d'élaboration des idées neuves, mais aussi un outil de nos combats collectifs, en osmose avec les citoyens." Puis : "Je pense qu'il y a un avenir dans ce qu'on appelle l'économie circulaire. Moi, je crois qu'il faut réinventer ce que l'on appelle l'économie de la fonctionnalité." Franchement, je n'ai pas compris ce que cela veut dire ni à qui cela s'adresse. En tout cas, cela ne s'adresse pas à l'opinion publique.

(...)

Est-ce si grave ?

Alastair Campbell : Vous m'interrogez sur la communication politique et, croyez-moi, quand on est dans l'opposition, les mots sont très importants. J'ai vu les photos de Ségolène Royal à La Rochelle. Elle parlait devant un décor où il y avait écrit en grand "Diagnostic pour la rénovation". Mais quel était le message que voulait transmettre le PS ? De la même façon, les socialistes disent : "Nous devons reconnaître l'économie de marché." En dehors du fait qu'il me paraît évident, puisqu'ils ont gouverné, qu'ils la reconnaissent et que ce n'est plus une question, en quoi cela concerne-t-il la vie des gens ? Il faut toujours chercher des solutions politiques dans la réalité. Or il y a dans la vie politique des grands moments où l'on peut s'adresser au public. Il faut faire en sorte de ne pas les gâcher.

 

Chercher des solutions politiques dans la réalité. Comprendre la vie des gens.

Occasion manquée.

Commentaires

L'interview d'Alastair Campbell était en effet excellente avec comme complément deux des derniers numéros - excellents au demeurant - de la revue Mouvements dont celui de novembre-décembre intitulé "La new droite. Une révolution conservatrice à la française?".

Il y est fait mention de ce que Sarkozy indiqua au Figaro dans son numéro du 17 avril 2007 : "Depuis 2002, j'ai donc engagé un combat pour la maîtrise du débta d'idées. Je parle de l'école en dénonçant l'héritage de 68. je dénonce le relativisme intellectuel, culturel, moral [...] Au fond, j'ai fait mienne l'analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées. c'est la première fois qu'un homme de droite assume cette bataille-là."

A suivre.

Paulo-Serge Lopes

http://paulosergelopes.hautetfort.com

Écrit par : Paulo-Serge Lopes | 19/12/2007

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