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03/09/2007
L'ennui que disent nos langues mortes (1)
Difficile de s'y remettre, quand on est resté si longtemps à l'écart. Difficile, aussi, après une telle claque, déjà si abondamment commentée. Puis vient le moment où, sans trop se forcer, on sent revenir l'envie. A force de lire et d'entendre : explications savantes et analyses pertinentes des raisons de la défaite, péroraisons moins utiles de ceux qui se voient pousser des ailes sur les décombres, plaintes et colères de ceux et celles qui, surtout, veulent bien s'avouer, vérité nue, simplement paumés.
Penser à gauche, voilà l'ordre du jour. Les récentes journées d'été des Verts en ont permis l'occasion, avec quelques beaux morceaux (je n'ai pu tout voir et n'ai pas encore tout écouté, mais je pense notamment ici à François Bégaudeau et Claude Askolovitch, invités par Dominique Voynet à alimenter un "bilan collectif" de l'élection présidentielle).
Dans la profusion des analyses de la défaite, surnagent quelques évidences, qu'il est toujours bon de discuter. Parmi celles-ci, l'idée que, si la gauche a perdu, c'est aussi parce que le pays est à droite. Mon ami Claude Taleb (qui n'a pas de blog, mais c'est pour bientôt) nuance, dans un texte récent, ce point de vue :
N'est ce pas plutôt une certaine gauche qui est minoritaire ?
La gauche de papa qui se refuse à renouveler ses logiciels et à intégrer les nouvelles pratiques sociales ; la gauche conservatrice qui n'apporte que deux réponses aussi dévoyées l'une que l'autre à l'aspiration d'autonomie des individus : la stigmatisation pour cause de dérive individualiste ou la flatterie qui sert d'alibi au refus de penser une protection sociale solidaire ; la gauche velléitaire qui affaiblit la société civile parce qu'elle s'avère, concrètement, incapable de l'aider à se renforcer en construisant des débouchés positifs à ses luttes défensives ; la gauche si hexagonale qui contribue au repli du même nom, qui veut rejouer 2005, et qui pétitionne pour un nouveau référendum « national » sur le TCE... avant même de se demander comment la victoire « historique » du 29 mai 2005 a pu produire la déculottée historique de mai dernier ; la gauche sectaire qui veut se découper des parts de marché en annonçant/dénonçant les échecs et renoncements ; celle qui se discrédite en rejetant dans une commune opprobre ceux des siens qui passent de l'autre coté et entrent au gouvernement et tel ou tel participant à une commission de réforme constitutionnelle ; celle enfin qui a aujourd'hui si peu confiance dans les idées qui sont son patrimoine reconnu qu'elle refuse d'inviter à débattre le ministre en charge du Grenelle de l'environnement !De la LCR au PS en passant par les Verts et le PC, aucun parti de gauche n'est aujourd'hui indemne de l'un ou de plusieurs de ces travers. Tous nous parlons, à des degrés divers, ce qui s'apparente de plus en plus à une langue morte, selon la formule d'Hélène Flautre.
Langue morte. C'est l'expression si juste d'Hélène Flautre pour décrire à la fois le flot verbeux des appareils officiels de la gauche et, peut-être surtout, l'impression qu'il peut produire sur ses auditoires. Ce que Viveret appelle lui "l'arrogance, les vieux langages" et dont, par faiblesse ou par habitude, nous continuons de nous nourrir. Par peur d'admettre la réalité et la profondeur du décrochage, par souci de ne voir dans le désastre électoral qu'un accident (un de plus, bien sûr, mais tout de même). Et pourtant, si notre langue est morte, si les mots que nous employons pour raconter et penser le monde sont dépassés, comment pourrions-nous écrire un projet qui ne soit pas, dès ses premières ébauches, désaccordé à son époque ?
23:35 Publié dans Débats publics, Gauche(s) et droite, La vie des Verts, militantismes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gauche, avenir de la gauche, verts, PS, MoDem, politique, écologie










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