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18/06/2007

Cette gauche désespérante

Là-bas si j'y suis, l'émission de Daniel Mermet, tout à l'heure sur France Inter. Rafale de messages sur le répondeur de l'émission, après la diffusion vendredi d'un reportage sur une "manif de droite", qui avait lieu le 12 juin à Paris. Les slogans : les riches à Versailles, les pauvres sur la paille ; plus de SDF ; tous tous seuls. Le ton : finissons-en avec Mai 68, on a gagné, on est les plus forts... Le tout à l'avenant. Bref, un canular. Une caricature, énorme, calibrée pour montrer à la gogôche sûre de son fait comment la droite, quand même, elle est bête, réac, facho et tout ce qui va avec : ils aiment pas les pauvres, ils n'aiment que l'argent, ils veulent revenir à Vichy, ils chantent la Marseillaise... Juste une blague, bête. Et pourtant : les auditeurs de Mermet s'indignent sur le répondeur, très premier degré, très choqués. Atterant...
Faut écouter l'émisson, vraiment. En commençant par regarder les quelques vidéos sur ces "manifs de droite" qui s'organisent un peu partout en Frace (plus haut, la vidéo de celle qui s'est déroulée à Caen samedi dernier). Puis, hop, direction le site de France Inter, cherchez l'émission, ouvrez les oreilles et admirez. Tout y est : l'arrogance, la certitude d'avoir raison, la certitude surtout que les autres ne sont pas des adversaires mais des ennemis, le mépris de ceux d'en face, le pavlovisme qui se veut d'avant garde. Un festival, pour aller vite, de tout ce que la gauche a intérêt à ne pas faire, si elle veut regagner un peu de la confiance qu'elle a perdue dans la société française. Au milieu de ce flot d'indignations très affectées, deux ou trois messages pour dire ce que je me dis à chaque fois que j'écoute Mermet, pape de la répétition érigée en résistance, héroïque porte-parole de ceux et celles qui, à gauche, n'en finissent pas de penser qu'ils n'ont jamais tort, puisque c'est la réalité qui se trompe. Deux ou trois messages pour dire, avec lassitude : bon, la caricature, le grotesque, ça va, ça suffit... Mermet, reprends ton micro, pars en voyage, ramène-nous, comme tu sais parfois le faire, des reportages sensés, bourrés d'humanité, des trucs qui nous invitent à penser, pas qui nous disent comment, dans quel sens et sous quel angle il faut le faire. 
Commenter les résultats d'hier ? Ah oui, j'y pense. Une seule remarque, en passant : je ne suis vraiment pas d'accord avec ça : "fédérer en une seule force l'ensemble de la gauche". C'est de François Hollande, qui veut créer une UMP de gauche, et la suite est ici.

17/06/2007

Dans moins d'une heure, résultats...

Dans quelques dizaines de minutes, on saura. Une vague, un raz-de-marée, un tsunami ? Du bleu partout, dans tous les cas. Est-il permis d'avouer que, malgré cette lourde défaite, je serai soulagé que la saison (politique et électorale) se termine ? Pour prendre un peu de repos, évidemment, comme l'attendent sans doute les militants et les militantes de tous partis qui, depuis des mois, consacrent une bonne part de leur temps à la victoire de leur camp. Pour faire le point, aussi, sur les raisons de la défaite, sur ce qu'elle signifie et ce qu'elle ouvre comme perspectives. 

Pour la gauche, pour l'écologie. Je suis, comme Franck, souvent fâché contre cette gauche qui nous fait perdre ; chaque jour davantage, je me sens d'abord écolo avant d'être de gauche. Surtout, je me sens de moins en moins de connivence avec les réflexes conditionnés de la gauche gouvernementale, décidément trop paresseuse pour vouloir comprendre les raisons profondes de son (de notre) échec, comme de la gauche radicale, toujours soucieuse d'être à l'avant-garde, superbe éclaireuse qui n'éclaire personne et que plus rien n'éclaire, guère préoccupée de parler à la société telle qu'elle est. Il ya tout cela, oui. Mais, quoiqu'il en soit, c'est à gauche que j'habite. C'est avec la gauche que les écologistes peuvent passer des alliances, et ce sont les espérances historiques des gauches - la solidarité, la démocratie, la justice, la paix - que l'écologie, si elle veut être l'humanisme du siècle, doit prolonger.

Et après ? On s'arrête là, comme un autre soir de défaite ? Comme si on attendait juste la prochaine fois, l'alternance mécanique ? On se console avec les sièges qu'on aura pu sauver, et ceux qu'on aura pu prendre ? Pas excitant, hein...

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12/06/2007

La gauche et le pessimisme social

En un demi-siècle de Ve République, la gauche ne sera parvenue à porter qu'un seul des siens à la tête de l'Etat. Elle souffre donc d'un handicap structurel pour rassembler durablement les Français autour d'un projet. On peut toujours invoquer l'obstacle des institutions et du statut singulier de l'élection présidentielle. Mais le problème est plus profond : la gauche ne survit qu'en se pensant comme une sorte d'anti-droite et son message majeur est devenu un message de pessimisme social. L'utopie demeure, mais négative. Loin d'annoncer le monde à venir, elle renvoie à un monde qui ne peut plus être.

C'est de Zaki Laïdi, et la suite est . Pas mal, non ?

MAJ 12:10 - Tiens, sur le même sujet, ce post de Claude Askolovitch : 

Il ya des jours où ça devient rude d'être de gauche, et ce ne sont pas simplement les défaites qui peuvent secouer. C'est ce qu'elles révèlent, comment elles naissent, et ce qu'on en raconte ensuite. La posture moralisante, culpabilisante, et l'arrogance épatante de cette dirigeante politique qui considère que les jeunes lui appartiennent, sinon eux, du moins leur vote, et que c'est pure erreur de leur part d'avoir négligé cette évidence, un trop chaud dimanche de juin. Mais pour qui se prend-on, ô, mânes de Blum et Jaures, quand on considère que l'électeur a tort quand il vous oublie, quand on persiste, en dépit de l'évidence, à refuser l'implacable logique d'une déroute, quand on fait porter à des minots abstentionnistes le poids de l'absence de la gauche, maintenant et le mois dernier.

 

11/06/2007

Pacte contre Hulot, contre-pouvoirs et trucs en vrac

Les purs et durs de la décroissance, de l'écologie sans compromis et de la radicalité tout ça tout ça sont en colère. Oui, comme d'habitude. Nicolas Hulot fait les frais de l'opération. Un pacte contre Hulot, qui raconte ça : 

Cher Nicolas Hulot, je vous enjoins de vous retirer de l’écologie politique à laquelle vous avez fait plus de mal en un an que toutes les forces productivistes, droite et gauche confondues, depuis les années 1970, lorsque l’écologie est entrée en politique.

Bien sûr, vous êtes avant tout le produit des forces qui vous manipulent : E. Leclerc, L’Oréal, Bouygues, TF1 et plus largement les multinationales qui vous financent, mais aussi la droite néolibérale de Nicolas Sarkozy.

(...) Alors je vous le demande : pour la planète, mais surtout pour ses habitants, s’il vous plaît, retirez-vous au plus vite. Vous avez fait assez de tort, assez de mal.

Y a des mauvais coucheurs partout, écolos compris. Des gens qui aiment les solutions simples. Qui préfèrent désigner des ennemis que voir des problèmes. Plus facile de taper sur ce qui bouge que de se dire que, peut-être, va falloir se remettre au travail. 

A part ça, le monde continue de tourner, n'importe comment.

Une phrase, glaçante, en une du Monde.fr cette fin d'après-midi : "La majorité dont disposera l'UMP lui fait obligation de créer ses contre-pouvoirs". C'est extrait d'un chat avec Philippe Ridet, journaliste qui a suivi pour le quotidien la campagne de Sarkozy. Une majorité qui créé ses propres contre-pouvoirs ! Mais dans quelle démocratie au monde on voit ça ? 

Ah, j'ai parlé du bon résultat d'Ecolo en Belgique. Bon, soyons honnêtes, y a aussi de grosses mauvaises nouvelles là-bas.  

Les écolos à 10 % (euh, non, 12,9 %) !

Bon, d'accord, c'est en Belgique... En France ? 3,25 en résultats définitifs, soit un peu mieux que ce qui était annoncé hier en début de soirée. C'est mieux qu'à l'élection présidentielle, mais ce n'est clairement pas à la hauteur. Un grand bravo quand même aux candidats bas-normands, et spécial dédicace à Christiane, qui frôle les 5 % dans une circonscription pas facile. 

Adrien évoque, dans un langage fleuri, une "branlée intégrale". Franck est déçu, mais déjà remonté à cheval pour la suite. Dominique Voynet a eu hier des mots très justes. Et les députés Verts sortants ne sont pas en si facheuse posture. Et une bonne surprise peut-être à venir du côté de la Loire-Atlantique, où les Verts résistent mieux qu'ailleurs.  La suite ? Reconstruire, et d'abord repenser. So-Ann donne quelques pistes, d'autres suivront.

09/06/2007

Petites choses en passant

Demain, résultats du premier tour. En attendant, on peut jeter un oeil sur les dernières 24 heures de campagne (et même un peu plus) de Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, en visite hier à Caen pour soutenir Alain Gruenais, candidat aux élections législatives.

Ecouter aussi l'excellente émission de Ruth Stegassy, Terre à Terre, tous les samedis matin à 7H sur France Culture (vive le podcast, qui permet de ne pas se lever aux aurores pour en profiter). Thème de la semaine : les créatifs culturels. Concept encore flou, mais sur lequel il faudra revenir : ça pourra permettre d'aller un peu plus loin dans les débats ouverts par l'émergence des bobos. Ne pas se priver d'écouter, à la suite de l'émission, enregistrée au Phyto Bar, le débat avec le public et notamment des interventions de Patrick Viveret (sur le conflit, le consensus et le débat public particulièrement ; sur RealPlayer, placer le curseur à 12:14)

Lire Versac, qui ouvre les colonnes de son blog. Occasion de saluer ce blogueur influent mais agréable à lire, particulièrement ici. Lire aussi les récents billets de mon pote Franck, toujours plus précis et pertinent dans sa volonté de sortir l'écologie de l'enkystement dans la vieille gauche. Et, juste pour rire, le blog BD de Boulet et, histoire de rire über bobo et top parisien, celui-là.

Demain, donc, résultats. Ah oui, les Verts vous invitent à passer la soirée avec eux. C'est, pour les bas-normands, à Caen, 25 rue Varignon. L'occasion de boire un verre et de papoter, avant de s'apprêter à reconstruire tout ce qu'il y aura à reconstruire. Y a des pistes, ici (hein, je l'ai déjà dit ? ah bon...), ou encore...

04/06/2007

Rions un peu (beaucoup) avec Eric Besson

medium_Royalbesson.jpgJe n'avais pas eu le temps, au cours de la campagne présidentielle (faut dire, j'étais un peu occupé), de lire l'ouvrage d'Eric Besson (qui a désormais sa notice chez Wikipedia). Bon. On a beau ne pas vouloir hurler avec les loups, s'abstenir d'employer les mots faciles (rénégat, traitre, judas recompensé par un strapontin...), ça m'a été difficile de débourser les 12,90 € du livre. 

Pas de regrets toutefois, parce qu'on y rigole bien, finalement, dans cet entretien avec le journaliste Claude Askolovitch (qui s'était expliqué de tout cela). Et on y apprend au fond bien plus de choses sur Besson lui-même que sur Ségolène Royal. Beaucoup a été dit : orgueil blessé, revanche et ressentiment, réponse aux mauvais coups... Reste ce que le livre dit des idées de Besson, celui qu'entre 1997 et 2002, nous appelions l'autre député Cogema (le premier ? C'était lui).

Rions un peu, donc, avec cet émérite cas d'école de la gauche qui se pense moderne, de cette gauche des cheminées d'usine relookée fabulous eighties ; avec ce grand ami du nucléaire, de la science et du progrès qui progresse. 

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Télé (poubelle) et web (utile)

Finalement, c'était une blague. De mauvais goût. Mais le plus étonnant, au delà de l'effroi et du scandale, c'est que le monde entier a cru que c'était possible, après tout. On est déjà descendu si bas, hein... Allez, reste plus qu'à en rire et imaginer d'obscures vengeances.

Ce soir, je me suis senti solidaire de Fabius. Faut dire qu'il était en face d'Olivier Besancenot, ce jeune homme qui veut faire la révolution mais sympa quand même, ce sympathique trotskiste qui explique à la gauche comment elle est jamais assez à gauche et tout ça.

A télécharger : la barre d'outils Ecolo Infos créée par So-Ann ! Utile et même mieux pour visiter la toile écolo. 

 

03/06/2007

Voyage dans une gauche sans boussole (Nouvel Obs)

medium_nouvelobs.jpgPas mal de papiers intéressants dans la dernière livraison du Nouvel Obs. Bien sûr, faut les chercher au milieu des publi-rédactionnels pour le dernier 4X4 en vogue (en l'occurence, un monstre qui rejette 327 g de CO2 par kilomètre, mais attention, hein, c'est civilisé) et des annonces immobilières pour chirurgiens dentistes, cadres très supérieurs et assujettis à l'ISF. Passons là dessus.

Faut lire, donc, ces quelques pages de "voyage dans une gauche qui doute et qui enrage"(pas de version en ligne). Trois extraits. Estelle, du Val d'Oise, militante socialiste depuis dix ans : 

 

"A chaque fois, c'est pareil : on dit qu'il faut entamer un travail de fond, renouer avec le monde associatif, reprendre contact avec les syndicats... Il faut, il faut... Mais on ne le fait jamais !"


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02/06/2007

Carte scolaire

Retour hier soir d'une réunion de soutien à Laurence Morand, candidate des Verts sur la circonscription de Lisieux. Pas la foule des grands soirs, mais un débat de qualité, avec des Verts et des sympathisants. On fait quoi après ? Sarkozy au top, la gauche knock-out. Consensus : ne pas refaire l'après 2002, ne pas se contenter d'attendre le premier faux pas du gouvernement. Ne pas se satisfaire de victoires qui ne viendraient que par le vote sanction contre Sarkozy (on l'a déjà fait : gagner les élections régions de 2004, puis plus rien).

Donc : se ressaisir, s'interroger, réfléchir. Casser quelques tabous. Le débat vient sur la carte scolaire. Et là, presque tout le monde d'accord : ce système ne fonctionne pas, il faudra bien le réformer. Mais la mixité sociale ? On n'abandonne pas l'objectif, mais on fait le constat que les moyens pour y parvenir ne sont plus adaptés. Aujourd'hui, sans même recourir à la fuite vers le privé, suffit de choisir les bonnes options - les langues rares, par exemple - pour échapper à son collège ou lycée de secteur. Donc, ça ne marche pas : pas la peine de rester bloqué, au nom de la défense des principes, dans la défense d'un outil qui ne remplit pas sa mission. 

On a décliné pas mal de sujets. Souvent, le même constat : la gauche, par volonté de défendre des objectifs, est restée bloquée sur des moyens désormais inadaptés, faute d'en trouver d'autres. Problème : les changements que nous n'avons pas su faire, c'est la droite qui va les piloter. Et ça n'ira pas dans le même sens, c'est certain... 

 

EDIT (2 juin, 00:25) : pour alimenter le débat, un texte de Louis Maurin, journaliste à Alternatives économiques, sur le site de l'Observatoire des inégalités. Pas convaincu, mais j'y reviendrai... 

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