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04/06/2007

Rions un peu (beaucoup) avec Eric Besson

medium_Royalbesson.jpgJe n'avais pas eu le temps, au cours de la campagne présidentielle (faut dire, j'étais un peu occupé), de lire l'ouvrage d'Eric Besson (qui a désormais sa notice chez Wikipedia). Bon. On a beau ne pas vouloir hurler avec les loups, s'abstenir d'employer les mots faciles (rénégat, traitre, judas recompensé par un strapontin...), ça m'a été difficile de débourser les 12,90 € du livre. 

Pas de regrets toutefois, parce qu'on y rigole bien, finalement, dans cet entretien avec le journaliste Claude Askolovitch (qui s'était expliqué de tout cela). Et on y apprend au fond bien plus de choses sur Besson lui-même que sur Ségolène Royal. Beaucoup a été dit : orgueil blessé, revanche et ressentiment, réponse aux mauvais coups... Reste ce que le livre dit des idées de Besson, celui qu'entre 1997 et 2002, nous appelions l'autre député Cogema (le premier ? C'était lui).

Rions un peu, donc, avec cet émérite cas d'école de la gauche qui se pense moderne, de cette gauche des cheminées d'usine relookée fabulous eighties ; avec ce grand ami du nucléaire, de la science et du progrès qui progresse. 


On commence par ce dialogue :

Askolovitch - Vous plongez avec délectation dans les années 80 où tout semble possible...

Besson - C'est mal, docteur ? Oui, j'ai profité de la vie. J'ai voyagé, énormément, avec ma femme. Aujourd'hui encore, je ne suis jamais plus heureux que quand on monte en famille dans un avion pour aller loin. Il n'y a pas de plus grand bonheur pour moi que celui-là.

Askolovitch - Et votre "empreinte carbone", alors ?

Besson - Je suis hostile à ce concept. La seule chose que l'on peut faire est d'avoir un cahier des charges qui demande aux avionneurs et aux transporteurs des charges draconiennes sur la pollution. Aller mettre x euros dans une ONG qui va décider seule d'aller planter un arbre en Afrique me parait le degré zéro de la pensée et une sorte de déculpabilisation absurde. Jamais je ne paierai mon empreinte carbone !

 

Pas mal ? C'est le début. On sait donc déjà que Besson, cet homme qui pense que la gauche doit être sérieuse et ne pas raconter n'importe quoi, pense que ce qu'on peut faire face aux émissions de gaz à effet de serre du transport aérien, c'est de demander (poliment, j'espère) aux compagnies aériennes de faire des efforts.Vertigineux.

La suite ? Avec mes petits mots, en gras.

 

Askolovitch - Vous n'êtes finalement pas de gauche...

Besson - Pardon ?

Askolovitch - La gauche, c'est l'écologie, non ?

Besson - Et vous, vous récitez des idées reçues contemporaines ! La gauche, c'est la croyance que le progrès est un facteur d'émancipation (attention, ça va commencer). La conviction, raisonnée, (cramponnez-vous, c'est parti) qu'il faut être du côté des avancées technologiques (oui, c'est bien), du développement (oui, oui), de l'industrie... La politique de la bougie, la sainte trouille de la modernité (aaaaaah !), la détestation organisée du développement (raaaaaaah), c'est du fétichisme (encore !), ça n'a rien de progressiste (excellent !). Evidemment que le réchauffement climatique est un sujet essentiel (d'ailleurs, mes collaborateurs m'ont fait des fiches). Mais la culpabilisation et le repli n'ont aucun sens (ce type est un garçon raisonnable, pas à dire)... Etre antimoderne, c'est être réactionnaire (il y avait donc encore des socialistes pour penser comme ça !).

 

C'est beau. Encore un effort, et à côté Claude Allègre va passer pour un ecowarrior. Bon. Maintenant, enlevez mes commentaires et relisez tout ça à haute voix.

Magnifique. Poursuivons, car le festival continue quelques pages plus loin. Accrochez-vous, on repart (toujours avec mes commentaires en gras).

Besson - (...) La politique énergétique est l'un des grands clivages à l'intérieur du parti socialiste et dans nos relations avec les Verts. Ce clivage se cristallise sur la question de l'EPR. Un nouveau réacteur, plus sûr, qui produit moins de déchets (l'honneur du socialisme, c'est de piocher ses arguments dans les plaquettes publicitaires d'EDF). C'est la version améliorée de la "troisième génération" de réacteurs (ah bon ? bêtement, on nous avait dit jusqu'ici que c'était la troisième génération tout court. En plus, elle est "améliorée"), une étape vers une énergie nucléaire propre (ah ! Elle ne l'est pas encore), qui retraiterait ses propres déchets (la foi du charbonnier dans la science du charbonnage)...

 

Et ça continue sur des pages et des pages. Quand Eric Besson apprend l'annonce de Ségolène Royal de hisser la part des énergies renouvelables à 50% de la production électrique, ce commentaire : "j'ai vite fait de faire mes calculs. Et je suis catastrophé. Pour moi, c'est l'apocalypse". Ben, on croyait que la catastrophisme, c'était un truc d'écolos attardés et anti-modernes ? Sur Bruno Rebelle, ex-directeur de Greenpeace et conseiller de Ségolène Royal : "je n'ai rien contre Rebelle, si ce n'est qu'il n'a aucune compétence particulière en matière énergétique, sauf pour s'être promené en Zodiac autour du site de la Hague". Tout est dit là : le mépris pour les associations, pour la société civile, pour qui n'est pas des grands corps d'Etat ni des grandes bureaucraties productivistes ; l'arrogance et la certitude de savoir à la place des citoyens ce qui est bon pour eux ; le besoin de les laisser à l'état de mineurs civiques. Eric Besson est désormais membre d'un gouvernement de droite ? Il est tombé du côté où il penchait...

Commentaires

Encore plus fort:

http://www.agoravox.tv/article.php3?id_article=18216

Ecrit par : BessonCouillon | 08/06/2007

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