« La morale de Sarkozy | Page d'accueil | François Dufour »

30/05/2007

Le PS, la gauche, l'écologie (revue de blogs)

Sur Radical Chic, Guillermo renvoie à un texte de Dan, publié sur Voter à Gauche. Le pitch ? La gauche n'a pas perdu la bataille des idées, elle était juste pas bien organisée. Je cite :

"Pour le dire de façon abrupte, ce n'est pas d'idées "modernes" dont la gauche a manqué (il y en a à profusion), mais de deux choses : un appareil partisan discipliné et mobilisateur d'une part, et un appareil puissant de maîtrise des flux de communication et de traduction des dites idées".

Il y a pourtant des arguments plus solides et utiles ailleurs dans ce papier. Pointer, face à l'unanimisme de l'UMP derrière Sarkozy, l'effet désastreux des petites vacheries des caciques socialistes contre leur candidate, c 'est juste. Appeler à "l'invention de nouveaux vecteurs de communication susceptibles de contrer les médias actuels dans leur majorité acquis depuis longtemps à la droite", idem. Considérer que la droitisation du pays est d'abord un construit, qui "résulte très largement d'une concentration de l'offre politique et médiatique sur certains thèmes", soit. Mais pourquoi - et en quoi - tout cela devrait-il assécher toute possibilité de travail critique sur le fond, le projet, sur les réponses nouvelles à proposer ?


Bien plus intéressantes, les analyses assez proches de Christian Sautter, ancien ministre socialiste, et du géographe Christophe Guilluy. Deux extraits pour se mettre en bouche. De Christophe Guilluy, d'abord : 

"C’est une France plutôt populaire et périphérique qui a permis à Sarkozy de passer les 30%. La carte du vote Sarkozy ressemble à celle du non au référendum. Il a capté une partie de l’électorat populaire du FN, même si le vote Le Pen résiste dans les régions ouvrières. Immigration, insécurité, peur de la mondialisation : Sarkozy semble faire la synthèse entre ces thématiques. On pourrait croire qu’en votant pour lui les électeurs lepénistes reviennent dans une logique républicaine. C’est oublier les thèmes qui ont été mis en avant par le candidat de l’UMP. Cette situation peut être comparée à la carte du vote Bush au Etats-Unis. La révolution néo-conservatrice vient des zones péri-urbaines et rurales. Ici, les classes populaires blanches en dehors des villes votent Sarkozy ou Le Pen. Le vote Royal et Bayrou est sur-représenté à Paris et dans les grandes villes. La rupture culturelle entre ces deux mondes est énorme. Quelle réconciliation est possible dans ces conditions ?"

Et de Christian Sautter, ceci :

"Une population sensible, dont la presse a peu parlé, est celle des « rurbains ». Les cœurs d’agglomération ont voté à gauche (Nantes, Grenoble, Montpellier, Rennes, etc.), ou plus à gauche que par le passé (Paris, Bordeaux), avec de notables exceptions (Lyon et Dijon). Le monde rural a voté à droite selon la tradition. Entre les deux s’est glissée une population de plus en plus nombreuse : ceux qui habitent à la campagne et qui travaillent en ville dans un emploi plutôt stable, les fameux « rurbains ». Ils sont relativement jeunes (dans la tranche des 25-49 ans), sont endettés pour payer le pavillon, contraints d’avoir un ou deux véhicules pour aller travailler et faire la moindre course, plutôt isolés avec leur télévision et leurs frustrations, souvent bardés de projecteurs pour repousser les ombres de la nuit. Françoise Gaspard, dans son livre « Une petite ville en France » (1990) avait tiré de l’observation de Dreux dont elle était maire que ces jeunes couples étaient tentés par l’extrême droite. Nicolas Sarkozy, avec son exonération des heures supplémentaires, sa déductibilité des charges de l’emprunt contracté pour acquérir la résidence principale, a touché des cordes sensibles parmi ces jeunes ménages qui ont du mal à payer les traites du mois. L’ennui pour la gauche, c’est que ces familles seront de plus en plus nombreuses, car l’étalement pavillonnaire autour des grandes villes est une tendance lourde."

Y a du costaud, là dedans. Du plein de choses à penser. Evidemment, sur l'obligation pour la gauche de reconquérir les catégories populaire, mais aussi sur cette tendance lourde à l'étalement urbain, qui pose tant et tant de questions de transports, de dépenses d'énergie, de mal-vie. 

Un dernier texte. C'est une interview du sociologue Erwan Lecoeur, parue en février 2006. Dix-huit mois avant la présidentielle, il livrait quelques pépites :

"Deux logiques sont à l’oeuvre, que l’on pourrait appeler la logique des gardiens et la logique des mutants. L’entrechoquement de ces deux logiques, parfois chez une même personne, fait que l’on peut assister en 2007 à une forme de révolte conservatrice, à une demande de retour à l’ordre sur le fond et à un renouvellement sur la forme. En tout cas, cela explique le succès actuel de Nicolas Sarkozy. Sa posture correspond à une demande sociale. Je dis bien sa posture. Ce ne sont pas ses idées qui sont forcément majoritaires : il était pour l’intervention en Irak, contrairement à la majorité des Français, et son libéralisme économique est loin de correspondre à ce que veut réellement le pays. Mais il présente l’avantage de se positionner sur la sanction et sur les valeurs. Ségolène Royal peut peut-être, elle aussi, correspondre à un besoin de réassurance, notamment familial, allié au sentiment de nouveauté. Mais un candidat qui aurait pour programme une certaine forme de dépassement pourrait lui aussi rencontrer le succès."

Allez, un dernier blog pour la route : tout neuf et tout collectif, le blog ecopolit, créé par Alexei. En une aujourd'hui, un billet sur la barre d'outils écolo créée par So-Ann. Indispensable.

Commentaires

j'adore les blogs écolo...continue...

Ecrit par : lumi-naissance | 30/05/2007

Salut ! C'est hors sujet par rapport à ton billet, mais je remarque avec plaisir que tu t'es remis au blogging ! T'as vu notre dernier truc : http://ecopolit.eu/. Ca te dit d'y écrire aussi de temps en temps ?

Ecrit par : Alexei | 31/05/2007

@ Alexei : vu ecopolit, que je signale à la fin de ce billet. Ok, pourquoi pas, pour y commettre quand tu le voudras deux ou trois choses. Bises, m.

Ecrit par : mickaël | 31/05/2007

Les commentaires sont fermés.