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01/06/2007

François Dufour

medium_dufourfrancois.jpgOGM. Aujourd'hui vendredi, la Cour de Cassation rendra sa décision sur le pourvoi formé par les 49 faucheurs d'Orléans, condamnés par la Cour d'appel d'Orléans à des peines de prison (deux mois ferme pour Jean-Emile Sanchez, ancien porte-parole de la Confédération paysanne, et du sursis pour les autres, dont pas mal d'élus et de militants Verts). Solidaire évidemment, je me sens d'autant plus concerné que j'ai participé, en 2004, à l'une des actions visées par la condamnation, sans être poursuivi. Avec celles et ceux qui, comme moi, se trouvaient délinquants de fait sans être inquiétés, nous avions demandé à être entendus, lors de la première audience, comme comparants volontaires. La justice avait considéré que cette manière de se dénoncer soi-même ne la troublerait pas et nous avait laissés repartir, toujours sans poursuites.

Je ne serai pas à Orléans aujourd'hui, mais je penserai aux copains. Pami eux, François Dufour. Lui aussi porte-parole national de la Confédération paysanne, il est aujourd'hui candidat aux élections législatives chez lui, dans le Sud Manche. Avec le soutien des Verts. 


Pour être exact, disons que François est l'un des 120 candidats présentés par la "gauche alternative 2007", dans la foulée de la campagne présidentielle de José Bové. Je n'ai pas trouvé beaucoup de charme à la candidature de Bové ; c'était un peu plus de fouillis dans la gauche de la gauche, un candidat de plus dans la grande dynamique unitaire de la gauche-antilibérale-qui-a-dit-non. J'ai voté Oui au référendum sur le Traîté constitutionnel européen (TCE), et je continue, à titre personnel, à regretter d'avoir perdu les avancés qui étaient permises par le texte. Par la grâce de la radicalité, nous en sommes donc restés aux traités existants, bien plus libéraux et bien moins démocratiques que ne l'est le TCE. Passons...

François Dufour est - de longue date - un écologiste convaincu. Reconnu comme tel, chez lui comme ailleurs. Sans ambiguïté, il a toujours considéré - et dit - qu'il n'y avait pas de solution durable pour les paysans sans réponse à l'exigence environnementale. Il n'a jamais molli dans sa conviction qu'un changement de politique agricole devait aller avec un changement des pratiques des agriculteurs eux-mêmes : en matière de gestion de l'eau, de recours aux pesticides, aux engrais chimiques... Si un tel propos vous assure une popularité en béton chez les consommateurs, il a fallu pas mal de courage, toutes ces années, pour le porter de l'intérieur du monde paysan. Et, pour avoir travaillé moi-même quelques années à la Confédération paysanne, j'ai pu mesurer la qualité du bonhomme.

Les Verts, qui ont eu pas mal de fois l'occasion de le croiser, ne se voyaient pas lui opposer un candidat. Et il est assez vite apparu, passée l'élection présidentielle, que le soutenir ne serait pas déshonorant, quelles que soient nos divergences - réelles.

J'intervenais donc, la semaine dernière, en réunion pubique aux côtés de François et de sa suppléante, Sophie Dapilly, pour leur apporter le soutien des Verts. Première impression, dès l'entrée dans la salle : il y a du monde ! Et ce n'est pas si fréquent. J'ai fait, au cours de cette campagne électorale, quelques réunions de soutien aux candidats Verts. J'entends ce qui vient, aussi, des autres candidats. Tous le disent : les réunions publiques, ça se fait souvent sans public. Ce soir là, à Mortain,  près d'une cinquantaine de personnes. Beaucoup de convaincus, bien sûr. C'est la loi du genre, et c'est plus vrai encore dans les réseaux "alternatifs" : les dynamiques militantes y sont fortes, même si elles ne se traduisent pas en poids électoral. Reste qu'il n'y avait pas que du militant, du déjà parti dans la bataille. Il y avait là, aussi, des gens, osons le mot, normaux. Qui, avant d'aller voter, venaient se renseigner, pour voir. Un signe ? On verra bien.

Sur le fond, plus nuancé. J'ai constaté, tout de même, combien mes amis alternatifs étaient parfois tentés par les raccourcis. C'est la faute à la mondialisation. Faut prendre l'argent où il est. L'écologie de Juppé, c'est de la poudre aux yeux... Bof. Je vois bien que ce genre de facilités, ça fait son petit succès à Besancenot. Et ça assure l'applaudimètre dans les meetings et les congrès. Mais ça change quoi pour de vrai ? 

Pour autant, je suis satisfait que les Verts aient choisi de soutenir François Dufour. Constituer la gauche d'après, celle qui saura marier le pragmatisme nécessaire à la réforme et la radicalité d'analyse seule propre à embrasser les enjeux du siècle, supposera que nous sachions maintenir le dialogue entre tant de militants et de citoyens aux cheminements divers. Les uns croient surtout aux luttes, et n'aiment pas l'idée du compromis ; les autres pensent qu'on ne fait rien de bon si les luttes ne débouchent pas sur des politiques publiques. Le débat est vieux comme la gauche. Dans les moments de crise, il ressurgit. Creuser, avant d'en débattre, les tranchées qui séparent les bons des méchants, les réalistes des gauchistes ou les "sociaux-libéraux" de "la vraie gauche" est le plus sûr moyen d'échouer.

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