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03/09/2006
Marianne, Lipietz et la SNCF
Voilà quelques semaines que je n’avais pas lu Marianne, l’hebdo du « centrisme révolutionnaire » et du conformiste repenti (et avec quelle virulence) Jean-François Kahn. Pas déçu cette semaine, quand je suis tombé sur ceci, sous le titre « la SNCF victime de l’effet Lipietz » :
Le 6 juin, Alain Lipietz, député européen vert, avait fait condamner l’Etat et la SNCF pour le transfert de certains membres de sa famille vers le camp de Drancy durant l’Occupation. Environ 200 familles de déportés ont décidé, à leur tour, de demander réparation financière à la SNCF. On fera deux remarques. 1) Les faits évoqués se sont déroulés pendant l’Occupation, alors que la SNCF se devait d’exécuter les ordres de Vichy. Quand il s’agissait des trains de futurs déportés, la SNCF se contentait d’obéir au ministère de l’Intérieur, à a Préfecture de police et au Commissariat général aux questions juives. Si l’on juge que la SNCF est responsable des trains de la mort, il faut également incriminer les fabricants de trains, les fournisseurs de charbon, sans oublier les constructeurs de routes sur lesquelles roulait la Wehrmacht. 2) Nombre de cheminots s’illustrèrent dans la Résistance. Or les familles de cheminots, fusillés ou déportés, ne demandent pas d’indemnisation financière. C’est tout à leur honneur.
Du pur dégueulasse. La SNCF, c’est maman. Et le parti des fusillés en même temps. Et la France. On ne dit pas du mal de maman, des fusillés et de la France… Et d’ailleurs, ces victimes, pourquoi elles veulent de l’argent, hein ? Et puis tout ça, c’est la faute aux Allemands.
Faut-il y revenir encore ? Redire des arguments dits et redits par Alain Lipietz sur son site, que le journaliste n’a probablement même pas consulté ? Je pense à Alain Lipietz, à sa famille, sans doute écœurés de l’éternelle répétition des mêmes approximations, insinuations, sordides sous-entendus. Et je me redis qu’il faut que ce pays soit bien arrogant pour refuser, encore et toujours, de regarder la vérité nue. Qu’un hebdo qui a fait de « l’anti-pensée unique » sa ligne de conduite (et d’autopromotion) en soit à refuser d’admettre la froide, bureaucratique et criminelle réalité de l’action de la SNCF (qui continuait, après la Libération, de facturer l’organisation des trains de déportation au Gouvernement provisoire), voilà qui en dit long sur les difficultés du « génie français » à apprendre l’humilité.
Ailleurs dans le monde, et particulièrement en Amérique du Sud, les efforts des jeunes démocraties, celles de pays qui se relèvent de décennies de dictature, portent, dès que se clôt une indispensable période de « réconciliation nationale », sur l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité, de torture ou des assassinats politiques. Parce que seul ce caractère imprescriptible peut garantir que les crimes ne sombrent pas dans l’oubli, sous le voile de l’unité et de « la grandeur de notre beau pays ». Partout dans le monde, l’action des démocrates et des défenseurs des droits de l’homme se porte sur la mémoire des victimes. En France, on s’attache encore à ne pas salir celle des coupables et des complices. En noyant le poisson, en organisant la suspicion sur ceux qui demandent réparation, en déclarant ex abrupto que, tout cela, c’était il y a longtemps…
18:30 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : marianne, lipietz, sncf










Trackbacks
Lipietz et la bataille de la mémoire
Contrairement à Mickaël, je ne vous ai pas encore parlé sur ce blog de l'affaire dite Lipietz. Elle me touche pourtant beaucoup. D'une part parce que j'ai un grand respect pour les Lipietz, le frère Alain brillant député européen, et
Trackback par : Franck, naturellement.org | 08/09/2006
Commentaires
Qu'as-tu contre Jean François Kahn ?
Ecrit par : Tonio | 03/09/2006
Comme toujours, commentaires impeccables de Mickael... Merci !!
Il faudra un jour faire l'analyse de ce national-républicanisme, pensée unique d'aujourd'hui en France , que la féministe Judith Ezekiel appelle drolement "national-universalisme". On a deja un belle somme dans le bouquin de Dominique Reynié "Le vertige social-nationaliste : La gauche du Non et le référendum de 2005".
Ecrit par : Alain Lipietz | 03/09/2006
Et, cette semaine, c'est Charlie qui s'y met :(
Ecrit par : Philippe (synapse) | 09/09/2006
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