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02/09/2006
Back from Fribourg (et variations sur Souchon)
J’ai déjà dit ici que nous avions, ma compagne et moi, passé quelques jours à Fribourg, cet été. Et je m’étais promis d’en parler. J’ai, en quelque sorte, trouvé mieux, tant il est vrai que certaines images en disent parfois davantage qu’un long discours. En complément de ce blog, j’ai donc décidé d’ouvrir un « photoblog », où l’on pourra voir quelques images de la « ville solaire », la capitale du développement durable. Cette extension en images de mon blog écrit est ici et les commentaires, sous chaque photo, aideront à s’y retrouver.
Deux ou trois mots tout de même, à titre de remarque liminaire : j’ai vraiment aimé Fribourg-en-Brisgau, et j’en suis revenu heureux. Que cela soit possible. Qu’on puisse y parvenir, dans ce monde là (« un autre monde est possible, mais il est dans celui-ci », selon la formule de Paul Eluard qu’aime à rappeler entièrement Alain Lipietz).
Fribourg n’est pas un inaccessible paradis, une utopie étrangère, si radicalement lointaine qu’elle ne pourrait inspirer, ici, notre action. Il y a bien sûr, pour ceux qui en reviennent, le risque du « Fribourg Blues ». Ce qui se fait là-bas, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière française, dessine les contours d’un demain vivable : maisons passives, capteurs et panneaux solaires, toits végétaux… Ce qui se fait là-bas, et qu’on ne voit pas vraiment ici. Et pourtant : Fribourg n’est pas une collection de lubies écolo. Simplement une réponse à la crise. Construire des habitations faiblement consommatrices d’énergie (mieux : qui restituent plus d’énergie qu’elles n’en consomment), dans des villes où la voiture est inutile (le vélo, le tramway, les pieds as a way of life ; la mobilité douce comme un art de vivre), voilà un défi autrement plus sexy que… Que pas mal de choses, à dire vrai.
« Nous les assis devant / nous le parterre / Nous les ci-devant / damnés de la terre / on voudrait la vie meilleure / on voudrait le monde mieux »
La difficulté n’est pas technique, elle est de l’ordre de l’imaginaire. On sait faire, même si on l’ignore. Il va pourtant falloir apprendre. Pour sauver la planète, bien sûr, parce que nous n’en avons qu’une. Mais aussi parce que ce sursaut d’imagination, cette aspiration à l’audace, nous aidera, bien humblement mais très essentiellement (au sens de ce qui est essentiel), à réussir nos vies dans le siècle à venir. Et ce sera bien plus joyeux qu’aujourd’hui, bien plus joyeux si nous allons en dehors d’aujourd’hui, plus loin (« on est si loin de l’air / on est si loin du vent / si loin du grand désert / si loin de l’océan / Alors la nuit quand je dors / je pars avec Théodore / Dehors, dehors, dehors, dehors… »)
« Là où en 1936 chacun parcourait 5 kilomètres par jour, nous parcourons aujourd’hui, chacun, chaque jour, physiquement près de 45 kilomètres, et, virtuellement, des milliers – ne serait-ce que par la télévsion, internet et les portables. (…) En France, nous sommes passés en un siècle de 3000 voitures à 30 millions de véhicules » Jean Viard, Eloge de la mobilité. Essai sur le capital temps libre et la valeur travail, Editions de l’Aube
« L’humanité est arrivée au bout de la planète, explorée dans ses zones les plus reculées, réunie dans un seul espace économique, rythmée par un flot d’informations commun (…). Quelqu’un qui s’éveille au monde enjambera la totalité de ce siècle. Les tensions énergétiques et le changement climatique sont des évènements inscrits au film de son existence. Avoir 20 ans aujourd’hui impose d’oublier le siècle dernier et de se couler dans le nouveau. (…) L’enjeu majeur, en définitive, c’est d’aider chacun à se construire un imaginaire de vie, à visualiser ce que c’est que réussir son existence dans le monde d’aujourd’hui. Accepter les limites de la planète, se construire une personnalité originale, être curieux du monde (…). Le nœud ne s’ouvrira que quand chacun individuellement aura perçu qu’une vie agréable mais plus sobre est possible (…) Qu’allons-nous faire de nos vies ? A vous de répondre. Inventez, aimez ce siècle et tendez la main. » Pierre Radanne, Energies de ton siècle. Des crises à la mutation, Editions Lignes de repères
On peut y arriver. Inventer le siècle, se hisser à la hauteur de nos grands-parents, qui ont vu tant changer le monde. Qui l’ont inventé. Ou ne pas bouger. Et regretter, demain, ce qu’on n’aura pas fait.
« Le bleu qu’il met dans sa vodka / ça lui rappelle / Tous les j’aurais dû, y avait qu’à / La Rochelle / il voulait Molène en mer d’Iroise / Les ancres rouillées / les baleines / la mer turquoise / les coffres oubliés / les sirènes, les bêtes sournoises / les grands voiliers / Mais la vie le promène en Seine et Oise / dans sa Simca rouillée »
Une vie du vingt-et-unième siècle ne sera pas la même qu’une vie d’aujourd’hui. L’espérance dans le progrès technique et l’accumulation des biens de consommation ne pourront plus y tenir le même rôle moteur. Faut-il s’en plaindre ? Faut-il regretter « le rose qu'on nous propose / D'avoir les quantités d'choses / Qui donnent envie d'autre chose » ? Après tout, réussir sa vie, c’est peut-être préférer « les étoiles, les voiles / Que des choses pas commerciales », « un mieux, un rêve, un cheval » (oui, c’est du Souchon)….
Le tout avec modestie, en sachant qu’on va bricoler plus qu’imposer, tâtonner plus qu’éclairer. Parler, construire ensemble, nos vies comme nos maisons.
Spéciale dédicace à Martine Maurer, qui nous a guidés, cet été, dans les allées de Vauban. Merci encore.
17:15 Publié dans Energie(s) & Climat, Gauche(s) et droite, militantismes, Plein de trucs en vrac | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : fribourg, écologie, politique, les verts, pierre radanne, alain souchon, énergie










Commentaires
Il y a une formation de Sinople spécifiquement dédiée aux "villes durables" dont Fribourg et ce le 21 septembre prochain : http://verts-europe-sinople.net/article618.html
Ecrit par : paulo-serge | 03/09/2006
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