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28/06/2006
Cherbourg-Orléans, OGM, EPR et expulsions
Deux jours chargés, entre EPR, OGM et solidarité avec les sans-papiers.
Lundi matin, Cherbourg. Dominique Voynet vient ce matin pour consulter le dossier d’enquête publique relative à la construction de l’EPR à Flamanville et, surtout, remplir le registre (elle fera parvenir également une contribution écrite au commissaire enquêteur). Nous sommes là avec Jean-Claude Magalhaes, maire-adjoint Vert de Cherbourg, et plusieurs militants du Nord Cotentin (qui ont souvent la vie dure : pas facile d’être écolo ici, en terre occupée par l’industrie atomique). Le sous-préfet accueille Dominique, puis s’éclipse.
Une fois rempli le registre, conférence de presse. Assez logiquement, les questions tournent vite au sujet de ces derniers jours : les relations « électriques », comme le dira Ouest-France, entre Verts et socialistes depuis les déclarations de Bernard Cazeneuve sur l’EPR. Dominique se montre aussi claire que ferme : il n’y aura pas, il ne pourra pas y avoir d’accord entre le Parti socialiste et les Verts « si le Parti socialiste devait se déballonner. Il est contre l’EPR au niveau national, qu’il le dise ici à Cherbourg ». Les Verts présents sont évidemment aux anges. Cette déclaration, nous le savons, va faire du bruit. De fait, le soir même, France 3 (lien vers les vidéos : choisir le lundi 26, puis pousser le compteur à 06:44) et France Bleu, puis le lendemain les quotidiens, faisaient réagir le PS. En gros : les socialistes manchois maintiennent le flou – ou restent de marbre, dans leur splendide isolement – tandis que Solférino (le siège national du PS) se fait plus clair. Ainsi Béatrice Marre, secrétaire nationale à l’environnement : « Le PS n'a pas changé d'avis sur l'EPR, il y est défavorable. François Hollande vient d'ailleurs de le confirmer au secrétaire national des Verts, Yann Wherling ». De bonnes nouvelles, donc.
Hier matin à Cherbourg, Dominique Voynet, sénatrice Verte de Seine Saint-Denis, n'a d'ailleurs pas caché que le parti irait au clash s'il le fallait. Elle n'a laissé planer aucun doute sur le sujet : « Aucun accord ne pourra être signé avec le parti socialiste s'il ne réaffirme pas clairement son refus de l'EPR. » Elle espère même pousser les accords de 1998 plus loin. « En obtenant notamment la reconversion des activités de l'usine Cogéma de La Hague. »
Sans s'avancer autant, hier soir, Béatrice Marre, secrétaire national du Parti socialiste, a redonné la position officielle : « Le PS n'a pas changé d'avis sur l'EPR, il y est défavorable. François Hollande vient d'ailleurs de le confirmer au secrétaire national des Verts, Yann Wherling. » À la direction du PS, on fait le distinguo « entre les problèmes d'un élu local et le besoin de construire un programme de gouvernement qui comporte une politique énergétique qui assure le développement durable du pays. »
Jean-Pierre Buisson, Ouest-France, 27 juin 2006
On partage le repas avec (entre autres) Yannick Rousselet (Greenpeace) et Didier Anger (militant et ancien élu Vert, mais surtout coordinateur du Collectif « EPR, non merci »). L’occasion de faire le point, deux mois après Cherbourg, sur la lutte.
Après Cherbourg, départ sur Caen (et retour à Paris pour Dominique, encore merci à elle). En fin d’après-midi, au Conseil Régional, cérémonie de parrainage de jeunes scolaires menacés d’expulsion. Emouvant, forcément. Et révoltant : ces gamins seraient donc des terroristes présumés, menaçant la sécurité du pays. On rêve… Ces expulsions sont, aussi, l’un de ces signes de cette France qui va vraiment mal : les étrangers y sont utiles comme dérivatif, comme boucs émissaires. Un pays ridiculisé par son président, qui habite désormais un autre monde, peut-être une autre planète. Un pays qui parle sans fin de l’immigration et des étrangers, où le Ministre de l’Intérieur fait voter en quatre ans deux lois successives sur la question, chacune durcissant plus encore les conditions de séjour des étrangers en France. Des présidentiables qui ne parlent que de ça, comme si ça devait constituer l’alpha et l’omega du débat politique. Pour que les peurs se détournent sur le métèque…
Mardi après-midi, on apprend le verdict du procès des 49 faucheurs volontaires d’Orléans, jugés pour la destruction en 2004 et 2005 de parcelles d’essai de maïs génétiquement modifié. Deux mois ferme pour Jean-Emile Sanchez, ancien porte-parole de la Confédération paysanne, en état de « récidive légale » ; deux mois avec sursis pour tous les autres (dont pas mal de copains Verts). Nous sommes consternés. Le soir même, j’interviens devant les militants rassemblés au Palais de justice de Coutances (non loin de la prison, où nous nous retrouvions, l’été de l’incarcération de José Bové, à près de deux cent, chaque lundi, pour faire du bruit). Je redis les raisons de notre opposition aux cultures OGM et j’ajoute – ce dont je suis profondément convaincu – que, d’ici vingt à trente ans, ceux que la Justice vient de condamner seront reconnus comme des Justes. Que leur action – et le sens de celle-ci – ne pourra plus être assimilée, comme elle l’est aujourd’hui par les tribunaux, à des actes de vandalisme. Je pense aux dizaines de milliers de paysans argentins ou brésiliens que l’expansion du soja OGM condamne, dans leur pays, à la misère, parfois à la mort. C’est aussi en leur nom que nous avons fauché et que nous devrons continuer de le faire. En rappelant que les OGM sont une réalité dans le monde depuis plus de dix ans, pas une promesse de laboratoire. Que cette réalité, a bien des égards, est une tragédie.
En Argentine, l’usage des plantes GM a largement aggravé la forte érosion de l’agriculture familiale au profit d’une agriculture toujours plus industrialisée, associant cultures transgéniques et usage massif de pesticides et d’engrais de synthèse. En quelques années, le soja RoundUp Ready (RR) commercialisé par Monsanto a totalement bouleversé l’économie agricole et rurale, les équilibres écologiques (l’expansion du soja transgénique se payant de la déforestation massive du pays) et augmenté significativement la consommation nationale d’herbicides. Le nombre d’actifs agricoles « familiaux » dans la production de soja a été divisé par trois en huit ans. De plus de 710 000 actifs en 1996, date de l’introduction du soja transgénique, la « sojaculture familiale » a chuté à 257 000 en 2004. S’il est exact qu’un certain nombre de ces problèmes sont d’abord liés à la monoculture de soja (qu’il soit ou non génétiquement modifié), il est évident, pour les observateurs internationaux comme pour les syndicats paysans argentins, que l’introduction du soja GM les a manifestement accrus.
Il y aurait tant à dire. D’arguments à stocker, à resservir devant les prochains prétoires. Les 49 ont décidé de se pourvoir en cassation (ce qui suspend du même coup l’exécution du jugement), ce sera une occasion.
15:45 Publié dans Gauche(s) et droite, Nucléaire, OGM | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note










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