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16/06/2006
Cameron Diaz, une catastrophe écologique ?
Hier soir, Envoyé spécial, sur France 2. Le premier sujet : les extensions de cheveux (voir par exemple ici). C’est en vogue : désormais, on va chez le coiffeur pour se faire poser des cheveux. Monica Belluci, Jennifer Lopez, Cameron Diaz et plein plein de stars, paraît-il, en raffolent. Evidemment, on redoute un truc un peu con sur le mode « regardez comme ce nouveau phénomène de mode est phénoménalement à la mode et tout ça c’est très tendance »… Mauvaise langue, va. C’était un – très juste – reportage sur la «route du cheveu» à travers le monde : d’où viennent – qui, je vous le demande, s’était posé la question ? – les vrais cheveux qui font les extensions de cheveux qu’on pose sur les cheveux des dames qui trouvent leurs cheveux trop courts ? Et d’abord, qu’est-ce que c’est que ça, les extensions capillaires ?
Les extensions capillaires, ignare que j’étais de l’ignorer, ce sont des mèches de vrais cheveux (toutes les couleurs et nuances sont disponibles sur le marché) que l’on « greffe » sur la chevelure. Le tout pour la modique somme de 10 euros la mèche soit, si l’on veut que ça ressemble à quelque chose, entre 700 et 1000 euros pour se rallonger les cheveux. Tout cela prend trois bonnes heures chez un honnête coiffeur, ce qui contribue à occuper une après-midi, lorsqu’on est oisif et fortuné.
Bon, et alors ? D’où viennent-ils, ces vrais tifs véritables garantis pur cheveu humain ? Du sud de l’Inde, nous apprend le reportage, de temples où les fidèles les plus pauvres, ceux qui n’ont rien d’autre à donner en offrande à Dieu que leur crinière, se rasent la tête et abandonnent là – sans trop le savoir – leur fierté capillaire à l’industrie mondialisée du luxe et de l’esthétique. Le temple récolte au passage son pourcentage, ce qui tend à montrer que le sens du devoir religieux n’est pas incompatible avec celui des affaires. Un intermédiaire du « fabricant » d’extensions de cheveux récolte le tout, direction les laboratoires de fabrication, en Europe.
Là, les cheveux sont teints, triés, travaillées et expédiés dans le monde entier, prêts à l’emploi. Quand ça marche, c’est-à-dire quand la teinture prend. Il arrive que ce ne soit pas le cas : des cheveux noirs (leur couleur naturelle) qui, perdus au milieu d’une toison blonde, persistent à rester noirs. Invendable, hélas. La solution ? On renvoie tout ça en Inde, où la main-d’œuvre ne coûte rien, et on fait trier les mèches à quelques jeunes ouvrières aux doigts agiles et à la vue perçante, cheveu par cheveu, jusqu’à ce que la mèche soit pure (imaginez la scène : un immense atelier, des ouvrières autour des tables, la tête penchée sur une mèche, toute la journée, à trier des cheveux…). Une fois que c’est fait, hop, retour en Europe. Et, à partir de là, expédition dans le monde entier.
Concrètement : tout ça se fait en avion, dont on sait le caractère énergivore et très fortement émetteur de CO2. On va chercher des cheveux, on les teint, quand c’est pas bon on les renvoie au tri, puis une fois triés, retour en avion.
Il faut garder la mémoire de ce genre de choses. Que les générations futures comprennent que, malgré l’impact du transport aérien sur le changement climatique, des hommes ont trouvé utile de faire voyager, au début du vingt-et-unième siècle, des mèches de cheveux par avion, de l’Italie à l’Inde, de la galerie marchande aux ateliers de sous-traitance de l’économie globalisée. Tout cela pour que Cameron Diaz et quelques milliers de femmes dans le monde puissent se faire pousser des cheveux longs en trois heures, dans un salon de coiffure à Paris, New-York ou Rome…
12:45 Publié dans y a pas que la politique dans la vie ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note










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