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13/06/2006

Les (mili)temps changent

medium_Caille-democ.gifLu le récent ouvrage dirigé par Alain Caillé « Quelle démocratie voulons-nous ? » (La Découverte), qui rassemble une douzaine de contributions se voulant autant de « pièces pour un débat », selon le sous-titre du livre.


Bien entendu – c’est la règle du genre – l’ensemble est assez inégal : il y a du très vif, très bon et du moins inspiré. Les textes ayant été par ailleurs rédigés dans la foulée du 29 mai par des auteurs pour la plupart membres du Conseil scientifique d’Attac, tout cela fleure parfois un parfum tenace "j'ai-voté-Non-de-gauche-contre-le-libéralisme", ce qui peut agacer (j'étais - j'y reviendrai peut-être ici - partisan du Oui). On peut toutefois largement passer outre et profiter de l'intelligence qui s'exprime là.

Citons ici, sur un point qui fait écho à la précédente note et ce que j'y disais sur la réticence à l'engagement, la contribution de Philippe Corcuff, qui n'en finit pas de penser les liens complexes, ambigus et dialectiques que l'individu contemporain entretient avec les univers sociaux alentour (sachant, comme le note dans sa contribution le sociologue Roger Sue, que "les individus traversent en moyenne de plus en plus d'univers sociaux (mobilité du travail, familles recomposées, amis, loisirs, réseaux) au cours de vies plus longues, plus variées et plus ouvertes") :

" La notion d'individualisme contemporain s'appuie sur l'hypothèse selon laquelle une des tendances à l'oeuvre dans l'histoire des sociétés occidentales consiste en une plus grande individualisation des individus, entraînant des déplacements dans les rapports entre le je et le nous. (...)
Sur le plan de la démocratie, les tendances individualisatrices ont aussi des effets négatifs et positifs : elles contribuent (avec d'autres facteurs) à un désinvestissment relatif des formes traditionnelles d'action collective (notamment une certaine désaffection à l'égard des partis politiques) et de la démocratie représentative (à travers l'abstention ou un vote plus "intermittent") ; elles participent aussi à l'émergence de formes déplacées d'engagement. Les travaux de Jacques Ion sur la figure de "l'engagement distancié" ont éclairé de telles modifications dans le rapport au militantisme."


Evidemment, on peut aussi, comme les pleureurs nostalgiques, dire que, quand même, les jeunes d'aujourd'hui ne savent plus s'engager, dame ! C'est plus simple de regretter l'âge d'or que de saisir ce qui change, plus évident de s'attrister d'une disparition que de percevoir du mouvement, du commencement, de l'innovation.

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