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12/06/2006

En vrac : Larcenet, Ségolène et LaRevueDurable

Jeudi dernier, sur France Inter, Manu Larcenet (voir son blog) est l'invité de l'excellente émission Eclectik, présentée par Rebecca Manzoni. On le dit rarement à propos de bandes dessinées, il faut le dire à propos de Larcenet : il est un auteur, comme on le dirait d'un écrivain ou d'un cinéaste. La lecture du Combat ordinaire (trois tomes racontant la vie, l'histoire et les soubresauts d'un jeune photographe un peu déprimé, beaucoup vivant) vous remue les tripes, comme ça, à l'ntérieur.medium_combatordinaire3.jpg


Il faut lire tout le Combat ordinaire, morceau de vies dessinées, de mémoires personnelle et sociale. Ecoutons ce qu'en dit, sur son site un autre auteur de BD, Etienne Davodeau (lire Les Mauvaises gens, très juste chronique biographique et sociale) : "La bande dessinée est un magnifique moyen de raconter l’histoire des jours qui passent, et des gens qui s’y débattent. Mais il lui faut alors des narrateurs à la hauteur. Espèce rare. Et pas protégée du tout. Manu Larcenet en est".
Bon, à part ça, un auteur qui dessine et un auteur qui parle, c'est pas toujours pareil. Larcenet touche juste quand il parle de ses personnages, quand il évoque la fierté ouvrière du passé, quand on comprend bien qu'au fond, syndrome Bovary-Flaubert, il est lui-même un peu des personnages qu'il raconte. Ses paroles sur le militantisme et l'engagement sont moins convaincantes. Férocement individualiste (pas au sens "égoïste" du terme, bien au contraire, mais comme expression de la réticence au collectif), Larcenet semble parler la langue, hésitante, de l'époque : des citoyens concernés par - et souffrant des - mouvements du monde, mais ne souhaitant pas forcément s'y engager. Il y a là une question qui doit s'imposer à la politique : comment (re)construire du collectif dans des sociétés où l'individuation a pris tant d'emprise. Ce n'est pas forcément un mal, du reste, mais c'est une donnée nouvelle, qui oblige à faire émerger de nouvelles formes d'engagement et de lien.

Ségolène. Est-il possible de ne rien dire sur Ségolène ? Est-il encore permis, dans le match de communication alternée Ségo-Sarko qui prend la France en otage, de n'avoir rien à dire ? Non, évidemment. La parole à Franck, alors. Militant écolo de Seine-St-Denis et vieux copain, il livre sur son blog quelques très pertinentes réflexions.
Extraits :

Personne ne parle, dans la classe politique, aux "petits blancs". Et, tout le monde aura compris que je mets derrière ce terme tous les gens de peu, toutes celles et tous ceux qui vivent dans cet interstice, entre la misère et le bien-être relatif des classes moyennes, quelque que soit la couleur de leur peau.

(...) Car, que l'on ne se fasse pas d'illusion, les "petits blancs" savent réfléchir, et ont des réflexions censées. Ils savent bien que ceux des écolos qui, le lundi, leur disent de ne pas s'inquiéter pour leur retraite car la croissance réglera tout et qui, le mardi, viennent leur parler des délices de la décroissance, ne sont pas sérieux. Ils savent bien que ce n'est pas les rodomontades à la Chevènement qui viendront refonder une République où chacun pourra vivre avec confiance dans l'avenir, et en sécuritéS. Ils savent qu'il ne suffit pas de proclamer "antilibéralisme !" à tout moment pour faire une politique de progrès pour tous.

Et puis, quelqu'un arrive, fait de la politique, et leur tient un discours (d)étonnant : la gauche ne doit plus tolérer la délinquance ; les 35 heures, ça a été bien pour les bobos, un peu moins pour les ouvriers. Encore une fois, les réponses apportées ne sont pas les miennes, loin s'en faut. Mais je sais, parce que, tout en moi parle "petit blanc", combien ce discours passe parmi les miens, combien il résonne. Et combien il redonne espoir dans la politique dans les milieux populaires




Pour finir, une bonne nouvelle, la parution du dernier numéro de LaRevueDurable, consacrée aux réponses à apporter aux problèmes posés, crûment, par le film le Cauchemar de Darwin.

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